Zanmari Bare
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Maloya Réunion

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Mayok Flèr
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Mayok Flèr

Année : 2013
Label Cobalt

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Biographie de Zanmari Bare

Le premier album de Zanmari Baré Mayok Flèr Longtemps éloigné des scènes, presque oublié, Zanmari Baré ressurgit de l’underground des kabars pour sortir enfin son premier album : "Mayok Flèr", chef-d’oeuvre poétique.   En 2008, Zanmari Baré et son groupe Lansiv jaillirent ...

Le premier album de Zanmari Baré

Mayok Flèr

Longtemps éloigné des scènes, presque oublié, Zanmari Baré ressurgit de l’underground des kabars pour sortir enfin son premier album : "Mayok Flèr", chef-d’oeuvre poétique.

 

En 2008, Zanmari Baré et son groupe Lansiv jaillirent subitement de l’underground volcanique des kabars maloya pour tracer dans le ciel musical réunionnais une trajectoire fulgurante dont on aurait juré qu’elle filait droit vers les étoiles. La voix claire de Zanmari, désarmant conducteur sentimental, son écriture sensible et maîtrisée et un extraordinaire sens du blues le plaçaient d’emblée loin au-dessus de la mêlée, avec les tout meilleurs - il serait l’héritier de Danyèl Waro, on en était sûr, le seul à pouvoir rivaliser avec l’exigence artistique du maître marron de Bwarouz.

Mais à la surprise générale, alors que la sortie d’un premier album sur le joli label Cobalt de Philippe Conrath était acquise, alors que son explosion semblait imminente, la comète Baré disparut des radars aussi brutalement qu’elle y était apparue, météorite évanouie laissant nez en l’air un public pantois, et le coeur un peu lourd. Trop fragile peut-être pour digérer la petite cuisine parfois fumeuse des financements culturels à La Réunion, et surtout les relents de colonialisme qu’il croyait y déceler, Zanmari avait préféré retourner à son métier d’éducateur, réservant sa musique aux quelques amis et militants du kréol croisés dans les kabars. Son silence allait durer cinq ans.

Tipa tipa

 

Jusqu’à ce qu’à la fin de l’année dernière, il renoue prudemment avec la scène à la faveur de quelques rares concerts, le plus souvent dans l’intimité, ou pour remplacer au pied levé son ami et protecteur Danyèl Waro pour le kabar d’ouverture du festival Tempo, réveillant doucement les grands espoirs longtemps éteints. Et voilà qu’aujourd’hui, il publie enfin ce premier album tant attendu, celui dont on rêvait depuis cinq ans. Parce qu’autant le dire tout de suite : Mayok Flèr n’est pas simplement un sublime album de maloya, c’est un disque important.

En quatorze pistes poignantes comme arrachées directement au coeur, mêlant fonnkèr et maloya radical au son du bobre, des choeurs et des roulèrs, Zanmari esquisse un avenir pour une veine poétique de la musique traditionnelle réunionnaise un peu sous-représentée sur la scène actuelle. Car si la relève du maloya explosif de Gramoun Lélé est assurée par la dynastie Philéas, si les gaillards dynamiques de Lindigo poursuivent avec ardeur leur conquête festive, et si Christine Salem assure la relève du maloya spirituel ; si d’un autre côté, les explorateurs modernistes des fusions en tout genre laissent peu de doute sur les réjouissantes mutations futures du maloya (voir les les expériences électro de Labelle, ou les albums récents de Lo Griyo et de Grèn Sémé) ; on cherchait en revanche encore un héritier à la hauteur de Danyèl Waro pour faire vivre et développer l’art des complaintes engagées et littéraires du maloya fonnkèr.

"Zanmari, sé in monstre…"

Là-dessus, Philippe Conrath, qui produit les disques de D. Waro depuis 15 ans, et qui co-produit Mayok Flèr avec Zanmari Baré et ses dalons, est catégorique : "Zanmari est le seul à partager avec Danyèl son très haut niveau d’exigence artistique, et à comprendre le travail que ça demande pour l’atteindre." Waro lui-même, son grand ami, va carrément plus loin : "

Po mwin, Zanmari, sé in monstre. Dann konpozisyon konm dan lo mo li ékri, koman li sant, li dépas tout saki éxis. Sépa in gran somin ke li na dovan li, sé in Linivér !"

Cet univers à conquérir, chez Zanmari, est d’abord intérieur. Immédiatement sensible et fragile, sa musique se distingue des cris endiablés et les grandes chevauchées rythmiques de Waro en empruntant plutôt les chemins cahoteux et prudents de la méditation. Ce qui compte ici, c’est d’abord l’émotion, que Zanmari va chercher loin, dans le calme du dedans, dans les souvenirs et dans les angoisses, dans les tendresses et les détresses, et que sa voix ramène à la surface avec une clarté étonnante.

Il y a dans son chant une intention très forte, une densité, une qualité de jeu qui rappellent par instants le Brel des grandes chansons tragiques, et qui peut même parfois se passer totalement de mélodie, comme sur Piman Krazé, fonnkèr giflé déchirant qui clôt l’album, où Zanmari se glisse dans la peau d’une femme battue dans un monologue amer bouleversant, plein de drame et sanglots rentrés ("Zézikris ou la di amwin / Mazine mon parolir / Pasito kaloté la gèl / Arprézant lot koté figir (…) Non Zézi / Non Bondyé / Odamyé manz piman krazé toulézour / Pito siport in nonm koma ankor in sèl zour").

A cette puissance d’interprétation, à la force des textes et aux trouvailles poétiques d’une langue à la fois très libre et très accessible, Zanmari ajoute un sens infaillible de la mélodie. Ses gimmicks blues langoureux, ses lamentations méditatives se figent en un refrain dans la mémoire affective, comme comme le font certaines balades d’Alain Peters. Et comme chez Alain Peters, cette simplicité virale cache une richesse travaillée avec acharnement. Il n’est pas rare que leurs airs entêtants se réinventent en cours de route, que Zanmari fasse éclore une chanson nouvelle contenue dans la première à mesure qu’il suit le fil de son histoire (Lilèt Zoranzé).

A l’arrivée, malgré la simplicité de l’orchestration - une voix, des choeurs, des percussions plutôt discrètes, et la kora de Sami Waro sur Mayok Flèr, ravissante déclaration qui donne son titre à l’album ("Pwin n monmon pli zoli k’ou (…) Zis in Bondyé zalou") - ce premier disque est d’une remarquable épaisseur, d’une beauté claire et parfois même écrasante. À une époque où l’accélération est partout de mise, Zanmari Baré nous rappelle que l’art se construit aussi dans la lenteur, dans la contemplation, dans ce "temps intérieur qui n’a rien à voir avec le temps qu’on peut mesurer", et qui donne aux grandes oeuvres ce délicieux parfum d’éternité.

 

François Gaertner

 


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