William Mendelbaum
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Jazz Réunion

Biographie de William Mendelbaum

INTERVIEW DU 22/07/21 Comment le piano est-il venu à toi  ?    Ma mère a acheté un piano numérique pour son propre usage et il s'est avéré que c'est moi qui y passait le plus de temps. On m'a alors inscrit au conservatoire mais ce n'était pas trop ma tasse de thé, pas assez ...

INTERVIEW DU 22/07/21

Comment le piano est-il venu à toi  ? 
 
Ma mère a acheté un piano numérique pour son propre usage et il s'est avéré que c'est moi qui y passait le plus de temps. On m'a alors inscrit au conservatoire mais ce n'était pas trop ma tasse de thé, pas assez expressif et identitaire pour moi. J'avais besoin d'exprimer ce que je ressentais au fond de moi. C'est plus tard que le piano est revenu grâce à un professeur de piano en particulier, très ouvert sur l'improvisation, les musiques modernes et le goût de s'amuser en travaillant. Depuis, j'ai fait mon chemin, en suivant d'un côté un cursus de 3 ans à EMA Réunion de 2015 à 2018, et d'un autre , grâce à la scène en jouant et en jouant encore , en rencontrant pléthore de musiciens, mais aussi à travers une introspection, qui m'a permis d'être connecté profondément à qui je suis. C'est l'improvisation dans le jazz qui m'attire car elle permet d'exprimer son identité, son vécu, au-delà des mots, avec un développement assez philosophique, mathématique et émotionnel.
 
Quelles sont tes influences ? 
 
Mes influences sont Herbie Hancock, Chick Corea, Keith Jarrett, McCoy Tyner, Michel Petrucciani, Bill Evans, pour citer les grands pianistes dans le jazz qui ont su m'inspirer. Je m'inspire également du jazz oritental moderne, notamment Omer Avital, Avishai Cohen, Shai Maestro, Yaron Herman, Omri Mor, Kari Ziad. Je suis obligé de citer aussi Brad Mehldau qui associe la pop, la musique classique, le jazz, de manière très originale et créative. Très ouvert aux autres styles, j'ai eu un penchant, quand je commençais le piano, pour Stevie Wonder, Jerry Lee lewis, Ray Manzarek ou encore Monty Alexander. J'écoute énormément de jazz, puisque c'est dans cet univers que j'évolue, mais j'écoute aussi d'autres styles de musique et je m'en inspire pour alimenter ma créativité. C'est vital.
 
Comment vois-tu la scène locale ? 
 
Je vois la scène locale comme une totale expérience et une recherche permanente. La Réunion est un creuset de diversités qui emprunte beaucoup d'éléments musicaux aux quatre coins du monde, l'Inde, l'Afrique, l'Europe... Ce vivier stimule et alimente naturellement la créativité. Pour ma part, je reste dans quelque chose qui me correspond, entre musique orientale et jazz. Il y a encore beaucoup à faire, avec toute la richesse que l'on a au fond de soi.
 
Peut-on vivre de sa passion ?
 
Oui , si on est déterminé et réellement passionné. J'ai réalisé plus de 400 concerts depuis mes premières notes et j'ai toujours la même soif de me produire, de partager mes émotions via le clavier. J'ai réalisé tous ces concerts seul, sans équipe, c'est un travail acharné mais particulièrement formateur ! De la recherche de dates, à la réalisation du concert, en passant par la communication, c'est un marathon, mais quand arrive le moment de la scène, on comprend pourquoi on fait tous ces efforts. 
 
Quel conseil donneriez-vous à un jeune qui voudrait suivre vos pas en musique ? 
 
Le conseil ultime, c'est de se connaître, de travailler mais avec plaisir, d'être persévérant, mais aussi patient. Il faut aussi rencontrer du monde car c'est par les rencontres que des projets intéressants naissent, et que la créativité est naturellement alimentée.
C'est un cheminement, avec son lot d'échecs, de peurs, mais cela fait partie du job. Avoir un bon entourage est une aussi une des clés, cela permet de rester canalisé sur ses objectifs. Je n'ai cependant pas la recette miracle car on est tous différents et je ne suis pas le mieux placé pour donner des leçons, je n'ai pas la vérité infuse, chacun doit faire son chemin, en respectant sa vraie nature. Il ne faut pas faire semblant.
 
Comment vois-tu la création ? 
 
La création c'est se rencontrer. C'est sortir de soi quelque chose et le donner aux autres. Mais, cela doit fondamentalement partir de soi, sinon le résultat est inauthentique, formaliste, et cela s'entend. On peut aussi s'inspirer d'éléments extérieurs comme la nature, les gens, les évènements de la vie. En réalité, dès qu'il se passe quelque chose, il y a matière à créer. La création reste quelque chose qui est là pour se faire plaisir et s'exprimer, et non pour plaire aux gens coûte que coûte. Le fait de plaire ne doit pas être une fin en soi, le goût dépend tellement du cadre social et culturel. Si on change ce cadre, une œuvre qui ne marchait pas peut devenir une vraie réussite... Pour moi, le but n'est donc pas de plaire mais de m'exprimer véritablement en partageant ma sensibilité propre, c'est un peu spécial à expliquer, mais c'est ainsi que je procède. 
 
Quel est ton rapport à l'improvisation ? 
 
C'est  l'essence même de ma musique : elle signe le fait d'être vivant dans l'instant présent. Tout ce que tu as vécu, ce que tu connais, tes émotions, les éléments autour de toi, remontent à la surface de manière inconsciente lorsque tu improvises. Ainsi, rien ne sera jamais rejoué avec la même volonté, la même intensité. C'est le fait que ça soit unique et vivant qui m'interpelle profondément. Nous improvisons tous dans nos vies, on ne prévoit pas ce que l'on va dire ou faire, à la lettre près, aux personnes où aux circonstances que l'on croise dans nos existences. L'improvisation implique un lâcher-prise et l'obligation de faire confiance, pour le meilleur. Cela demande un travail musical, certes, pour pouvoir inconsciemment être libre des contraintes techniques, mais aussi et surtout une confiance en soi et une transparence envers ce que l'on est profondément. L'improvisation est une chose qui se travaille tout le temps,  jusqu'à la fin.
 
Quels sont tes projets ? 
 
Je joue beaucoup en piano solo, et j'aimerais sortir un album avec des compositions. Je collabore avec les autres arts comme le cirque, la poésie, le théâtre, les musiques de films, la peinture, le dessin, l'audiovisuelle, la danse : j'y associe le piano et aime avoir d'autres angles de création. Je joue aussi dans la formation NESHAMA, en duo avec Yves Derhy, un groupe de jazz qui se produit essentiellement dans les lieux de culture institutionnels, mais aussi dans des cadres festifs comme les restaurants et bars. Enfin, j'ai un autre duo avec David Adelson, qui s'appelle "MENDELSON", et qui s'articule autour du jazz et des musiques électroniques. Je suis toujours ouvert à des projets créatifs et originaux, c'est ce qui fait que je ne me lasse jamais. Soyons créatifs et actifs !
 
L'interview a été réalisé par Yves Derhy.

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