Interviews

Le 28 février 2013

Salem en dix questions

Au rythme du Kayanm, son instrument de prédilection, Christine Salem ouvre les portes d’un maloya hypnotique, vibrant, qui prend aux tripes, un mélange raffiné de transe et de blues.

Q : QU’EST CE QUI AURA LE PLUS MARQUÉ TON ANNÉE 2012 ?

Professionnellement, on peut parler du concert Sacem que j’ai fait au IOMMA en mai dernier. Il est à la source de toute une nouvelle dynamique de travail. Mon manager, mon producteur et mon tourneur étaient présents et ils ont tenté ensemble de voir comment ils pouvaient optimiser ce qu’il se passait.
Côté perso, j’ai pris la décision d’arrêter mon travail au CAP, c’est vraiment une année de changement !



Q : 2013 COMMENCE SOUS DE BONS AUSPICES, AVEC LA SORTIE DE TON CINQUIÈME ALBUM "SALEM TRADITION". POURQUOI CET HOMMAGE AUX DIX ANS DE CARRIÈRE SOUS CE NOM ?

C’est 15 ans de carrière ! C’est une décision prise dans la foulée du IOMMA, nous voulions créer un lien entre l’ancienne formation et la nouvelle, pour ceux qui n’avaient pas encore capté.



Q : TU AS COMPOSÉ DEUX TITRES AVEC MORIARTY. IL EN RÉSULTE UNE SUPERBE ALCHIMIE. COMMENT S’EST PASSÉ CETTE COLLABORATION ?

Fliiiiiii (sifflet) 
C’est une rencontre qui date de quelques années ! Thomas un des musiciens était notre régisseur de tournée. J’ai rencontré Rosemary quand elle a fait le premier Sakifo et on s’est souvent vu par la suite ici, ailleurs, nous avions aussi une copine en commun et puis un jour on a eu envie de faire quelque chose ensemble et c’est parti.



Q : RACONTE NOUS D’OÙ EST NÉE CETTE RENCONTRE COMPLICE AVEC ROSEMARY STANDLEY.

Je viens de le dire, c’est l’histoire d’une rencontre et d’une amitié.



Q : LE PREMIER MORCEAU DE CE NOUVEL OPUS SE NOMME "TI BLÉ" EN RÉFÉRENCE À TON SURNOM. D’OÙ TE VIENT-IL ?

De mon papa. Il rêvait d’une petite cafrine (il était yab !) et quand il m’a vu j’étais au delà de son espérance et il m’a appelé Ti blé ! 



Q : LES PAROLES DE TES CHANSONS SONT UN MÉLANGE AUX ACCENTS CRÉOLES, ARABES, MALGACHES ET SWAHILIS. UNE INSPIRATION EN LIEN AVEC TA QUÊTE IDENTITAIRE ?

Oui, c’est en lien avec mes ancêtres. Ces dernières années, j’ai beaucoup cherché en allant dans les pays voisins (Comores, Madagascar et Zanzibar). Ca m’a permis de mieux comprendre qui je suis.



Q : LE MALOYA EST UNE MUSIQUE QUI AMÈNE À LA TRANSE. EST-CE UN SUPPORT NÉCESSAIRE POUR TON ÉCRITURE ET TES COMPOSITIONS ?

Certains morceaux me viennent sur scène, mais j’en écris aussi. J’accueille ce qui vient quand ça arrive et ça peut avoir plusieurs formes.



Q : TU TE NOURRIS DE LA SCÈNE, PEUX-TU NOUS EXPLIQUER CE QUE TU RESSENS DANS CES MOMENTS D’INTENSE CRÉATIVITÉ ?

Une énergie incroyable !



Q : QUELS SONT LES COMBATS, LES ENGAGEMENTS DE CHRISTINE SALEM ?

Il me semble important de positiver la transe et le coté mystique du maloya. Souvent quand on parle de service Kabaré, on voit la sorcellerie, le diable… moi j’ai envie de changer ce regard.
Si tout ça n’était pas positif, je ne serai pas en train de vous répondre.



Q : POUR 2013 QUELLES SONT TES BONNES RÉSOLUTIONS ?

Peace and love et apprendre l’anglais !



Propos recueillis par Guillaume Peroux 
Interview à retrouver sur www.batcarre.com

 

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Le 05 juillet 2012

Grèn Sémé

interview en partenariat avec Bat’Carré
TOUJOURS EN RECHERCHE DE NOUVELLES SONORITÉS, GRÈN SÉMÉ FAIT VARIER SA MUSIQUE SUR LE THÈME DE LA RENCONTRE DES CULTURES ET DES GÉNÉRATIONS. LE MALOYA DEVIENT ENTRE LEURS MAINS UNE COULEUR DE PLUS DANS LA PALETTE DES DIVERSITÉS CULTURELLES ET MUSICALES FRANÇAISES. CARLO DE SACCO, À L’ORIGINE DU GROUPE, NOUS LIVRE SES IMPRESSIONS AU RETOUR DU PRINTEMPS DE BOURGES OÙ IL REPRÉSENTAIT LA RÉUNION.

Q : L’écriture et la poésie te fascinent, tu es un homme de mots.
Peux-tu nous définir l’univers artistique de Grèn Sémé ?


Carlo : Grèn Sémé est à l’image de La Réunion, c’est à-dire mélangé. Tout d’abord au niveau des influences propres à chaque membre du groupe. On peut retrouver des touches de rock, de reggae, de seggae, de jazz, de musique électronique et aussi de chanson française.
Ce mélange vient servir un Maloya métissé où la tradition et la modernité se mêlent, toujours au service des mots.
J’ai la double culture, française et créole. Dans notre maloya les deux cultures se fondent et se servent réciproquement. Nous faisons, peut-être malgré nous, un pont entre ces deux cultures.

Q : Après avoir semé cette petite graine à Montpellier en 2006, quel vent t’a poussé à revenir sur la terre réunionnaise ?

Carlo : Né à La Réunion, je faisais tout simplement mes études à Montpellier. Même si j’y ai passé de très belles années, j’ai toujours été pressé de rentrer. La Réunion, c’est la terre qui me ressource. Je trouve mon équilibre dans la nature qui, ici, nous entoure. J’espère voyager le plus possible avec la musique, faire des rencontres artistiques et humaines. Mais continuer de vivre à La Réunion. Et puis, il y a mes parents, ils ne sont plus très jeunes, je voulais être là.

Q : Dis-nous quelques mots sur ta rencontre et collaboration avec le musicien, compositeur et arrangeur, Dominique Fillon ?

Carlo : Ma rencontre avec Dominique s’est faite lors des répétitions du spectacle « DOM-TOM folies ». Il m’a complimenté sur le morceau « Papiyon » et m’a dit qu’il voulait le mettre à la fin du spectacle, pour « clôturer en beauté ». J’ai été très touché par ses mots. Moi je ne le connaissais pas réellement.
J’ai tapé son nom sur internet et j’ai compris qui il était, aussi bien au niveau personnel que musical. En plus d’avoir accompagné les plus grands artistes français, il a réalisé les albums de Sanseverino et obtenu un disque d’or.
Nous avons tellement accroché que nous nous sommes dit que nous allions travailler ensemble dans le futur. Nous sommes donc restés en contact par Skype où nous échangions nos idées. Un projet artistique a pris forme au cours de ces échanges et Dominique Fillon est arrivé à La Réunion en mars 2012 accompagné de ses musiciens Kévin Reveyrand, Francis Arnaud et Olivier Roman-Garcia.
Nous avons fait une résidence de création tous ensemble (Grèn Sémé + Dominique Fillon quartet) au théâtre Canter de Saint-Denis. Cela a débouché sur trois concerts, dont un au théâtre de Saint-Gilles lors du festival Total Jazz.
C’était une très belle collaboration tant au niveau humain que professionnel. Dominique a jazzifié notre maloya et nous avons mis du maloya dans son Jazz.

Q : Le premier album est prévu pour courant 2012 et devrait être enregistré dans le studio de Yann Costa. Sans dévoiler de grand secret, à quoi peut-on s’attendre sur cet opus ?

Carlo : Nous pouvons nous attendre à un Pavé dans la Mare ! C’est notre premier album ! Avec tous les questionnements que cela comporte.
Je travaille depuis toujours avec David Kolm. Lorsqu’on réfléchissait ensemble vers qui se tourner pour enregistrer l’album, Yann Costa était une évidence. J’aime Yann en tant qu’homme et en tant qu’artiste. J’aime sa sensibilité et son regard sur notre musique. Notre maloya est psychédélique et Yann aime ce genre d’ambiances et il a les capacités de les sublimer. Cela va être une belle co-réalisation entre son univers et celui de Grèn Sémé.

Interview à retrouver sur www.batcarre.com

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Le 03 mai 2012

Davy Sicard, les défis de l’engagement

interview en partenariat avec Bat’Carré
À l’aube de ses 20 ans de scène, Davy Sicard nous livre son 4ème album « Mon Péi ». Entre hymne et engagement, il nous emporte à travers l’histoire de sa Réunion, de son île, au son de son fidèle « Maloya Kabosé ».

Bonjour Davy,

Q : Cet album affirme plus que jamais l’attachement que tu portes à ta terre, La Réunion. Quelle a été l’origine du projet ?


À chaque album, j’essaie de proposer un thème de réflexion qui me paraît important. Et je crois que c’est de manière évidente, logique et naturelle, que celui de « Mon péi » s’est imposé. Je dirais même qu’il a découlé de ceux abordés dans « Ker maron » et « Kabar ». Mais ce sont les observations que j’ai faites et surtout les rencontres, les lectures, les échanges, qui sont venus nourrir mon premier questionnement : comment La Réunion est-elle perçue par ses propres enfants ? 

Q :Beaucoup d’artistes  de divers horizons t’ont accompagné pour la réalisation de ce CD, comment s’est déroulée cette collaboration ?

Cela faisait un moment que je voulais inviter plusieurs « artistes » sur mes projets. Mais j’aime l’idée de donner du sens aux collaborations. Du coup, il m’a fallu attendre d’avoir la matière appropriée. Et effectivement, en particulier sur la chanson « Mon péi », plusieurs d’entre eux ont très généreusement répondu présents. Tous se sont rendus disponibles très spontanément : c’était un énorme cadeau qu’ils me faisaient tous !

Q : Après avoir pris la mesure de la teneur de la chanson, nous nous sommes joyeusement mis au travail et la partie de rigolade a pu commencer.

Ma rencontre avec Simon Lagarrigue restera une des plus belles que j’ai faites. Ce monsieur a tant de choses à dire, à partager ! En tous les cas, je peux dire avec joie que tous les invités, tous les participants ont été d’une extrême générosité ; et c’est là je crois, un des points forts de cet album : le fait qu’il y ait eu autant de partage aura permis de donner beaucoup plus de sens non seulement à la musique, mais aussi au questionnement sur la perception que l’on a de La Réunion. Car c’est là une des grandes difficultés de ce type d’entreprise : être ouvert et cohérent dans la musique et le propos qui l’accompagne, poser des questions pertinentes et enfin, et pas des moindres, donner un maximum de vie à l’enregistrement. Le public me dira si j’y suis parvenu ou pas, mais grâce entre autres au concours de mes dalons, je suis assez satisfait du résultat.

Q : Après avoir été produit par une maison de disque réputée, le retour à l’auto-production t’a-t-il  permis plus de liberté créative ?

Le fait que j’aie expérimenté l’auto-production au début de mon parcours en solo m’a effectivement permis de me lancer dans cette nouvelle aventure musicale avec un peu moins d’appréhension. Lorsque j’étais chez Up Music (Warner Music France), je jouissais d’une très grande liberté pour ce qui était de la créativité et même en général d’ailleurs : toute l’équipe était à mon écoute. Aujourd’hui, ce qui vient se rajouter à cela, c’est l’élargissement de mon champ d’intervention ainsi que le renforcement de mon pouvoir de décision. Du coup, il y a plus de responsabilités, de charges : l’auto-production est loin d’être une affaire de tout repos. Cela dit, il y a eu pour cet album une envie très particulière de (se) faire plaisir et d’aller au bout des idées.

Q : Ton album dégage un profond engagement identitaire,  un  militantisme plus affirmé, quel est ton but ?

En tant qu’artiste musicien, mon but premier est de faire une musique, des textes qui puissent être partagés. Je ne me vois pas comme un militant. Mais je reste également convaincu que la musique a toujours cette capacité à éveiller, révolutionner les consciences. Alors si cet album pouvait, même de manière minime, en plus d’être agréable à l’écoute, amener les gens à s’interroger sur certains sujets notamment identitaires, sur la notion de pays, ce serait merveilleux. Après, à chacun ses réponses. Comment un groupe lambda peut-il être uni, en harmonie, s’il ne définit pas et ne valorise pas ce qui rapproche tous les individus qui le composent ? J’ai le sentiment qu’après avoir tenté d’apporter des réponses à des questions identitaires tournées vers soi (Ker maron), vers l’individu, il était logique de vouloir ensuite inscrire les réponses obtenues dans un cadre plus large, plus collectif. Proposer une musique agréable qui conduit à une prise de conscience. Voilà ce que je tente, avec simplicité et plaisir, de faire.

Q: Comme tu le dis dans ta chanson « Banna », n’as-tu pas peur que cela « pas kom in koudéta » ou d’y perdre une certaine neutralité ?

En quoi mon envie de mettre en avant ma créolité serait-elle une menace ? Et d’ailleurs une menace pour qui, pour quoi ? Au travers de la musique, je ne cherche qu’à mettre en valeur et en équilibre toutes les composantes de notre identité : je chante aussi bien « La Réunion » que « La France ». Si certains voient en cela une menace, un danger, je serais tenté de dire que l’idée d’un déséquilibre ne s’en trouve malheureusement que renforcée. Quelle est la mécanique qui nous amène à penser que le type de propos que je tiens ne peut avoir qu’une connotation politique ? Pourquoi ne pourrait-il être seulement culturel ? Qu’est-ce qui rend ce sujet si sensible ? De quoi aurions-nous peur au fond ? Et pour répondre à votre question, non je n’ai pas cette crainte car le cadre dans lequel je place mes mots se veut musical et culturel. Notre histoire a fait que l’affirmation identitaire soit allée de pair à une certaine époque avec une volonté politique précise : il nous faut montrer que les choses ont évolué.

Q: Aujourd’hui, et avec ton expérience, peut-on dire que c’était devenu  un besoin ou même un devoir pour toi ?

Il n’est pas dit que les albums qu’il me sera donné de faire par la suite portent encore sur ces questions identitaires mais à ce jour, c’est,  non pas le besoin ou le devoir, mais l’évidence qui m’a poussé à traiter de ce sujet.

Q : Tu sembles très concerné par les valeurs de transmission, cet album a-t-il une volonté pédagogique ?

Je dirais que c’est une invitation à raconter et à écrire notre histoire ensemble, à être davantage acteur de notre époque, de notre société.

Il n’y a pas eu de volonté pédagogique ; ça aurait été bien prétentieux, voire déplacé, de ma part. Maintenant l’album pourrait-il en avoir une portée ? Peut-être, je l’ignore. C’est le public qui l’estimera. 

En revanche, comme dans les albums précédents, c’est la correspondance, l’échange qui m’intéressent ; un échange de points de vue qui permet à chacun de se nourrir, de s’enrichir respectueusement et raisonnablement de l’expérience de l’autre. 

Et je suis, il est vrai, désireux d’en débattre avec des scolaires.

Q : Tu chantes en créole et en français. Pourquoi ce choix ?

J’aime ces deux langues. Elles sont belles, très vivantes. Et je m’exprime au quotidien en créole et en français. Il n’y avait donc absolument aucune raison pour que j’écarte l’une ou l’autre. Lorsque je suis en phase de création, aucune barrière n’est posée. L’une ou l’autre doit apparaître comme une évidence pour moi. Et c’est celle qui rassemble le plus de « points » en terme de musicalité et de portée du message qui est choisie. Et lorsque les deux ont tout autant leur place l’une que l’autre, alors je prends les deux. Voilà ce qui motive les choix qui sont faits.

Et puis, quelle cohérence  y aurait-il eu dans mon propos si j’avais voulu n’en utiliser exclusivement qu’une seule ? 

Mon choix est tout simplement musical et culturel. Cela n’exclut pas pour autant que je chante un jour ponctuellement en anglais ou en espagnol ou autre… Mais là aussi, comme pour les collaborations, je veillerai à ce que le fait de chanter dans d’autres langues que les miennes ait du sens…Et s’il n’y en a pas particulièrement, je pourrais quand même le faire avec plaisir ! 

Mais chanter en créole ou en français reste malgré tout ma priorité.

Q : Tu réfléchis avec Francky Lauret et Luciano Mabrouck, à une graphie unifiée, qu’en est-il ?

Tout d’abord, il s’agit plus précisément d’un outil qui permet de mieux comprendre l’écriture de mes textes. Francky, Luciano et moi avons passé pas mal de temps à nous pencher sur certaines de ces questions que se posent nombre de scripteurs. Nous prenons appui sur les travaux qui ont déjà été réalisés et essayons modestement d’apporter des bouts de réponses et de nous inscrire dans une dynamique de réflexion. 

Nous voulons ainsi montrer que la jeune génération est soucieuse de ces sujets qui font débat maintenant depuis plus de 30 ans à La Réunion, et que l’envie de partager la problématique liée au choix de la graphie est concrète.

Nous diriger vers une graphie unifiée nous semble plus que nécessaire.

Aujourd’hui, cet outil est visible et téléchargeable sur mon site internet : www.davysicard.fr et très bientôt sur mon facebook officiel.

Q : Parle-nous de cette nouvelle génération d’écrivains dont tu fais partie ? Quelles sont tes sources d’inspiration parmi cette génération ?

Il y a dans cette nouvelle génération beaucoup d’auteurs très habiles dans l’utilisation des mots ; si l’on veut parler des fonnkezer par exemple, je trouve certains, comme Francky Lauret, vraiment très bons ! Je ne pourrai jamais rivaliser d’écriture avec eux. Néanmoins, ce que nous partageons je pense, c’est ce goût pour les mots, pour le beau verbe, que nos prédécesseurs nous ont laissé, et c’est là je crois, l’essentiel.

Ce qui manque, c’est peut-être d’avoir plus d’occasions de se retrouver, à l’occasion de kabar fonnker  - ça se fait, mais pas assez souvent - par exemple, pour « jouter ».

Après, il y a les chanteurs qui délivrent à leur façon un message fort comme Kiltir et Tikok Vellaye,  ceux qui font chanter les mots comme Fabrice Legros, Didyé Kérgrin, Gilbert Barcaville, ceux qui marient les langues comme Christine Salem et Lindigo, etc. Ce sont tous des artistes que j’apprécie. Et naturellement, je dirais que ce qui plaît nourrit l’inspiration. 

Pour autant, je continue de me nourrir avec du Alain Peters, du Danyel Waro, du Claude Nougaro, du Jacques Brel.

De manière plus globale, et c’est peut-être la volonté de tous, il serait bien, à terme, que notre littérature soit davantage écrite et lue en créole, sans aucun complexe, comme elle peut l’être  - c’est heureux – en français. Mais il y a pour cela encore pas mal de chemin à faire.

Notre littérature créole est bien là, forte, et continuera de grandir.

Q : Dans la partie DVD, on découvre le film de Yann Lucas « Santinèl Mon péi », quel sens donnes-tu au mot « Santinèl » ?

Une sentinelle est selon moi quelqu’un qui a le rôle d’un guetteur, d’un gardien et par là-même d’un protecteur. Et il lui est, me semble t-il, plus facile de remplir sa mission en se plaçant en hauteur. Elle peut ainsi anticiper, prévenir, informer ses semblables d’un fait nouveau ou d’une situation. 

C’est de cette manière que Yann Lucas et moi voyons les personnalités que nous avons interrogées. Elles ont toutes acquis une solide expérience et de véritables compétences – c’est justement ce qui leur donne cette hauteur –  dans leurs domaines respectifs : elles sont tout à fait crédibles, elles sont fiables.

« Le but est de parler de La Réunion, non pas pour se renfermer sur soi, mais bien pour mieux s’ouvrir au monde. »

Cette notion de confiance nous est apparue comme essentielle !

Par ailleurs, il y a aussi ces élèves de classes de 3ème qui nous ont livré leurs pensées et qui, d’une certaine façon, deviendront eux aussi des sentinelles.

Au final, nous tous réunionnais, amoureux de La Réunion, pour peu que nous en acceptions le rôle, sommes des sentinelles et ce que nous protégeons, ce à quoi nous veillons, c’est notre pays, notre vivre ensemble, notre créolité, notre harmonie.

Q : Dans ce documentaire, tu te places en interviewer tantôt de personnalités réunionnaises, et tantôt au milieu d’élèves. Comment résumerais-tu cette expérience ?

Déjà, l’idée de se lancer dans un film documentaire qui allait venir en prolongement d’une partie musicale était un peu « folle ». En tous cas, c’est ce que je me suis dit au moment où je l’ai eue. Je ne pense pas que cela ait été fait auparavant ici ; du coup, il y avait autant l’excitation que l’appréhension.

Il n’a pas été aisé pour moi de prendre cette position (de producteur de film et de « journaliste »), car ce n’est absolument pas ma vocation. Cela dit, avoir préparé ces questions avec Yann et observer les réactions en direct nous a fait prendre conscience que la place que nous occupions chacun alors était privilégiée.

Chacune des sentinelles a évidemment sa propre façon de percevoir La Réunion et la vie qui s’y passe. Mais entendre leurs réponses aller plutôt dans le même sens, amène à penser que quelles que soient les problématiques auxquelles les uns et les autres sommes confrontés, nous avons tous cette envie d’apporter modestement des solutions et de renforcer notre unité.

Et je salue la performance de Yann qui a réussi à faire tenir le tout dans un 26 minutes. C’était loin d’être gagné car beaucoup de choses très fortes et intéressantes ont été dites.

Nous voulions respecter ce format afin d’espérer une diffusion en télé.

Cette expérience aura vraiment été très enrichissante et encourageante et cela en grande partie parce que nos interlocuteurs se sont exprimés librement et généreusement.

Q : N’y a-t-il pas des absents sur ce film ? Quelles personnes aurais-tu aimé avoir encore ?

Il y a beaucoup d’absents ! Nous avons tant de sentinelles ! Mais il nous a fallu faire un choix. Et puis, c’est la première fois que j’expérimente la production d’un film et cela demande beaucoup de moyens, de ressources que je n’ai pas. 

S’il s’était agi d’interroger toutes les personnes qui pouvaient entrer dans le cadre, ça n’aurait pas donné un 26 minutes mais une saga ! Et bien qu’il semble aimer les défis, Yann ne m’aurait probablement pas suivi dans une aventure aussi déraisonnable compte tenu de mes moyens.

Il manque par exemple des sentinelles comme Guillaume Samson (ethnomusicologue), Alain Courbis (directeur du PRMA), Joël Manglou (artiste), Carpanin Marimoutou (professeur à l’université en littérature), Jeannic Arhimann (leader du groupe Kiltir), de simples passants dans la rue et bien d’autres encore. Il a fallu faire avec les moyens dont nous disposions et nous sommes déjà heureux d’avoir pu mener le projet à son terme.

Q : Enfin, qu’est-ce que tu souhaites que les gens retiennent de cet album ?

Chacun est libre de retenir ce qu’il veut.

Etant donné que c’est ma vocation première, je dirais que ce serait bien que les gens retiennent la musique et se l’approprient.  Mais il est vrai qu’il y a aussi une part de message.

J’ai voulu mettre en valeur notre créolité, notre culture et montrer que cela est l’affaire de chacun, de tous ensemble. Il ne saurait en être autrement.

Et donner au propos général de l’album un caractère universel était essentiel !

Car le but est de parler de La Réunion, non pas pour se renfermer sur soi, mais bien pour mieux s’ouvrir au monde.

En tous les cas, j’aurais fait avec les moyens qui étaient à ma portée, je serais allé au bout de mes idées : j’ai fait de mon mieux, et cela me dispose à la discussion.

Lorsque l’idée m’est venue, puisqu’il s’agissait de donner son point de vue sur notre société, de faire une version adaptée pour les déficients visuels, même moi, un court instant je me suis dit, là encore, « quelle folle idée ! ». Mais cette folie-là me plaisait. Puis, grâce à Marion Mansuy, je suis entré en contact avec le SAMSAH DV. Aujourd’hui et pour la première fois à La Réunion, tout un album existe en braille et en gros caractères...grâce à la folie de Marion Mansuy, des professionnels du SAMSAH DV et de ses usagers, et la mienne : nous sommes tous allés au bout de nos idées !

Dire de La Réunion que c’est un pays n’est pas se mettre en opposition avec La France : notre culture, notre histoire méritent considération et cette considération est, me semble t-il, une des clés pour la réussite de notre vivre ensemble.

A retenir ? La Réunion, in péi Inn , Ansanm !

Propos recueillis par Guillaume Peroux
Interview à retrouver sur www.batcarre.com

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Le 15 novembre 2011

Labsync, de la tête au pieds

interview en partenariat avec Bat’Carré
Né de la réunion de cinq musiciens aux horizons variés, Labsync (pour « Laboratoire synchronisé ») a été fondé en décembre 2008 à Mayotte. 

Mixant instruments et électro, leur musique s’inscrit dans un courant résolument actuel. Et pourtant… L’enclavement aérien de Mayotte et son débit internet plafonnant à 56K font de leur démarche une expérience semi-autarcique. Eloignés des scènes musicales novatrices, ces musiciens n’ont pour influences que leurs discothèques et leurs souvenirs.

De cette situation retirée émerge une musique libre, reflet sonore des goûts éclectiques du groupe. Pink-Floyd, Eric Truffaz, Herbie Hancock, Nills Peter Molvaer, Danyel Waro, Aphex Twin... Rock, jazz, “lounge”, maloya, electro... Autant de pistes à explorer que de sons à synchroniser.

 Labsync s’ouvre à l’Océan Indien. Un CD 4 titres sorti en août 2010 souligne cette envie, et propose une vision en résumé de son univers

Q : C’est quoi Labsync ?

Jérôme : Le projet Labsync - pour "Laboratoire Synchronisé" - est né à Mayotte en 2008 de la rencontre de cinq potes/musiciens autour d’une idée simple : la technologie est accessible et créative. L’ordinateur n’a de limite que notre imagination. à partir de là, on peut tout faire. Alors on a creusé... On avait tous à la base des influences très variées. Jazz, rock alternatif, progressif, psychédélique, groove, punk, electro, rap, maloya, reggae... enfin un peu tout finalement. Notre musique, c’est le mélange de tout ça, plus la magie de l’informatique. On a appelé ça de l’électro-fusion

La machine n’est plus un simple outil passif. L’ordinateur "écoute", interagit, propose. Notre collaboration homme/machine est simple : on vise le 50/50. Je te donne un exemple : tu entends une grosse basse "wobble", qui ondule dans les graves, comme dans le dubstep. Tu te dis "ça sonne électro, c’est un sample". Nous, on fait en sorte que ce soit le bassiste qui joue cette "wobble bass", en interaction avec l’ordinateur. C’est bien plus qu’un "effet standard". La clef, c’est la synchronisation : avec le tempo, avec la structure du morceau et avec les autres musiciens et leurs effets respectifs. On pourrait imaginer une pieuvre omnisciente, à la fois chef d’orchestre, musicien et ingénieur du son, une pédale d’effet au bout de chaque tentacule. C’est ça Labsync. Des instruments, un ordi et des câbles dans tous les sens

Depuis 2008, côté humain, on a pas mal brassé. Des départs, des arrivées. Notre claviériste, Sébastien Gallas est allé voler vers d’autres horizons, et trois bassistes se sont succédé : Benjamin Acquier, avec qui nous avons initié le projet, Gregory Flavion que l’on peut entendre sur nos quatre titres, et aujourd’hui Kamel Rami. Sommes restés fidèles au poste Willy Ramboatinarisoa à la trompette, Thomas Begrand à la batterie et moi-même, Jérôme Menninger à la guitare et à l’électro. Côté console de mixage et co-production, nous travaillons depuis la première heure avec Denis Ligier, directeur de Deenice Prod

Q : Et votre musique, je la range où dans ma discothèque ?

Thomas : Aïe... pas facile... On nous colle souvent une étiquette "expérimental", à mi-chemin entre le très grand monde de l’électro (break-beat/lounge/indus/hip-hop/tech/...) et le non-moins grand monde du reste des musiques actuelles. Je pense personnellement que nous nous situons dans la lignée des scènes dub/rock et electro/jazz. High Tone, Ez3kiel, Eric Truffaz, Bugge Wasseltoft, Jojo Mayer & Nerve... C’est plus un constat de "l’air du temps" qu’une suite de références. Je crois qu’on a ça en commun de puiser dans l’électro de ces 30 dernières années pour élargir notre champ d’expression. On a tous "flashé" sur les beats robotiques de la New Wave, sur la Jungle épileptique, sur les montés de 32 mesures Techno/House,... On a tous bougé la tête sur du Hip Hop, plané sur du Lounge...

Notre premier CD 4 titres (août 2010) ne reflète que partiellement cette volonté de s’enrichir de ces nouveaux canons. Notre musique était encore bien "dans la tête", pas assez "dans les pieds", pas assez efficace. Puis un jour, Willy est arrivé en répétition avec cette compo... Un truc terrible qui nous a tous fait bouger. Et on a réalisé que ce n’était ni le tempo ni l’harmonie qui faisait le job, mais uniquement un son ! Un gros synthé massif, granuleux, groovy. Un pur produit de la tradition électro, qui te chope, te soulève et t’enlace irrémédiablement. Depuis, c’est là qu’on cherche. On a déplacé notre "laboratoire" dans cette région sonore qui parle directement au corps et on continue bien sûr à cultiver l’équilibre entre expression instrumentale et matière électro. Jérôme : oui, parce que c’est ça l’idée, faire de la musique pour la tête ET pour les pieds !

Q : Quatre dates à La Réunion en septembre dernier (Les Potirons, La Cerise, le Manapany Surf Festival et la 1ère partie de No Jazz au Kerveguen). Alors, heureux ?

Jérôme : Ravis ! Nous avions déjà été accueillis et salués à Saint-Benoît en mai et décembre 2010 à La Clameur des bambous. Nous y avions rencontré des organisateurs adorables et disponibles et un nouveau public ouvert et généreux.

Nous étions donc très motivés pour cette tournée et nous avons été comblés ! Nous remercions du fond du cœur le public Réunionnais d’être venu à notre rencontre. à Mayotte, où le public est particulièrement restreint, nous étions plutôt habitués à jouer devant des potes... La Réunion a été le lieu de rencontres et d’échanges dont nous avons beaucoup appris. Plus d’ouverture et d’exigences, un tissu culturel très actif, des collaborations efficaces... le lieu idéal pour s’ouvrir au monde ! Rien n’aurait été possible sans Guillaume Peroux, le travailleur de l’ombre, directeur de Akout (www.akout.com). Merci également à Pierre Macquart de nous avoir ouvert les portes du Manapany et du Kerveguen. Et merci à tous ceux qui nous ont encouragés, supportés, suivis, conseillés. Les ami(e)s, les artistes, les organisateurs, les inconnu(e)s.

Q : Et ensuite ?

Thomas : On se projette dans le live, la scène. Parallèlement à notre quête musicale, nous avons encore beaucoup à apprendre du public. Ensuite viendra le temps du renouveau, où nous incorporerons le Vdjing (mixage vidéo en temps réel, comme un DJ avec des sons). Cette idée de mélanger sons et images est là depuis le début, mais faute de temps et de technicité, nous sommes restés centrés sur la musique. D’ailleurs, pouvons-nous profiter de vos pages pour lancer un appel à contribution ? Si quelqu’un, quelque part, féru d’images animées et inspiré par notre musique, souhaite partager son talent, qu’il n’hésite pas à nous contacter via la page www.labsync.fr, nous serions très heureux de le rencontrer et pourquoi pas, faire naître une nouvelle collaboration !

Interview à retrouver sur www.batcarre.com

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Le 04 juin 2010

INTERVIEW VINCE – VINCE CORNER SAKIFO 2010

Akout : Le Vince Corner sera pour la deuxième année consécutive une scène officielle du Sakifo Festival.
On peut imaginer que tu es heureux et fier d’affronter ce chalenge une nouvelle fois ?

Vince : Je ne peux qu’être content que l'équipe du Sakifo ait voulu renouveler l'expérience. L'année dernière, c'était vraiment expérimental. Nous pensions qu'une scène alternative, axée sur la convivialité avec le public, avait sa place sur le festival. Vu les retours qu'on a eu pour 2009, on remet ça. L’année dernière le Vince Corner n'a pas joué le jeudi à cause du vent. Toute l'équipe a été déçue, mais on s'est bien rattrapé, les groupes on joué le jeu et il y a eu des moments énormes!
En plus on affine notre manière de faire avec Jérôme Galabert et son équipe. 


Akout : On ne change pas une équipe qui gagne… Ton staff reste le même, il est peut-être même enrichi ?

Vince : Ah oui !!! Bien sûr !! La première édition a motivé pas mal de monde qui gravite autour du sound Ker Faya. Avec Jérôme on s'est dit qu'il faut continuer à faire ça en famille et j'ai intégré plusieurs personnes dans l'équipe. En plus ce sont des ambianceurs... ça promet. Chacun sait ce qu'il à faire, on se fait confiance, nous avons toujours tourné comme ça.


Akout : Après le changement de scène de dernière minute en 2009 (le vent un peu trop de la partie !), quelle configuration devrait prendre le « Corner » cette année ?

Vince : Le Corner devrait rester par là avec quelques changements bien sûr.  Il y aura une scène de 60-80 cm de hauteur. 15 kilowatts de façade (Kanka oblige)... le reste c'est encore une surprise...




Akout : La programmation du Sakifo 2010 a récemment été dévoilée, on peut y voir un certains nombres de groupes locaux qui se produiront sur ta scène.
C’est vraiment une belle occasion de mettre en avant les productions made in La Réunion.

Vince : Les groupes locaux on certainement besoin d'être confronté a un public aussi varié que celui du Sakifo, tout en restant dans une ambiance chaleureuse. Il ya 50% de groupes locaux. Il y a 1 groupe en particulier que j'ai hâte de voir jouer. C'est Malouz !!! (Roberto mon chanteur carry feud'bwa). Le groupe a vraiment progressé depuis quelques années. Mais je pense qu'il va bien flipper aussi. Mangalor va mettre le feu au Corner, l'année dernière ils ont joué sur Terre Sainte. C'est important que les locaux soient mis en avant. Pas parce qu'il faut, mais parce qu'ils sont bon. La Réunion c'est un gros vivier d'artistes très talentueux !!! Beaucoup d'artistes extérieurs sont scotché de voir jouer certains groupes... Mèt’ enkor la pa ‘sé

Akout : On retient par exemple Rouge Reggae vs Costa, que l’on a déjà eu la chance de voir à La Ravine Saint Leu.
C’est le genre de formule expérimentale qui convient bien à ta scène ?

Vince : Après la session à la Ravine St Leu, je voyais bien Rouge Reggae avec Yann sur le Corner. Je pense qu'il a trouvé une bonne formule qui va faire des ravages sur l'île. Ti Rat a toujours été hors des sentiers battus avec REGGAE MADE IN ST ANNE. C'est du Rouge Reggae mis en son par Costa. Sur le Corner tu es à moins d'un mètre du groupe et avec l'énergie que dégage Rouge Reggae je pense que ça va mèt  la vibes bien loin  !!!


Akout : Au total le Corner ca devrait être combien de concerts ?

Vince : A la fin du festival 2009 on s'est dit, il faudrait peut être mettre moins de groupes. Dans l'élan, cette année il y en aura 14.  (12 en 2009). …….




Akout : As-tu carte blanche pour moduler la programmation du Vince Corner selon tes souhaits ?

Vince : Aujourd'hui la programmation est complète à 98% et les ordres de passages sont calés. La programmation nous la travaillons à 3 : Fanny, qui est chargé de prod et que je connais depuis un moment maintenant, Jérôme et moi. Cette année ça a commencé par une question de Jérôme : " Tu vois qui sur le Corner ? " et après c'est parti. On  déballe tout et on y va …. Je ne vais pas vous décrire une séance de travail. Mais c'est comme ça. C'est une équipe. Comme dans toute équipe, chacun donne son avis...


Akout : Plus que jamais ce sera l’endroit alternatif du Festival pour découvrir ou vivre des événements à part ?

Vince : L’année dernière certains concerts m'ont marqué, comme celui d'Héléna Esparon. Beaucoup de personnes la découvraient. Les festivaliers ont été charmé par son émotion, sa voix ... Je ne pense pas que l'effet aurait été le même sur une autre scène du Sakifo. Le public était au bord des larmes. Ceux qui ont assisté au show de Congopunq ont certainement compris l'enjeu de cette scène. A cause du vent le 1er concert de Congopunq a été déplacé sur La Poudrière. Le lendemain ils ont joué sur le Corner.  L’ambiance n'était pas la même. La participation du public non plus. Prendre l'énergie de ZONG en pleine face à 16h le dimanche c'était énorme !!!
FéFé a testé une partie de son show sur le Corner, il a pu draguer officiellement le publique sur scène...  Le Vince Corner c'est " Vien na mèt ansam pou enn lambians pli gadiam"!!




Akout : Quelle place aura le Ker Faya Sound System sur le Corner ?

Vince : Ker Faya ouvre le festival tous les jours avec les sélectas « I Man » et « Rasvi ». Cette année nous allons faire en sorte que le platines soient toujours branchées et prêtes à tourner. Ker Faya fait le lien sur le Vince Corner.  Nous allons clôturer le samedi en after de 2h à 5h avec quelques surprises et une combinaison avec le groupe de reggae de Dos d’Ane Freedom Call… A suivre  


Akout : Parmi les nombreuses surprises qu’il reste au programme… une petite pour nos lecteurs ?

Vince : c’est une une surprise ou pas… (smile !)


Akout : Tu es résolument fan de reggae, qu’est ce que tu penses de la venue d'Alborosie sur cette édition du Sakifo ?

Vince : Puppa Albo come ya !!!!!!!! PPPPPPPPRRRRRUUUUUUUUAAAAAAAAHHHHHHH !!! Vien cherché fréro !! Voilà ce que j'en pense. Enorme, Murda, Wicked !!! Alborosie c'est tout simplement un ovni sur la planète reggae. Fin 90 début 2000 il marque le Reggae Sunsplash avec son groupe. C'est le premier groupe non jamaïcain à faire autant l'unanimité en Jamaïque. Finalement il est resté en Jamaïque pour s'occuper d'un label, enregistrer des artistes comme Les Nubians, Alicia Keys, Manu Chao... Puppa Albo est devenu un des nouveaux piliers du reggae : producteur, auteur, compositeur, interprète, musicien, ingénieur son... tout le monde veut travailler avec lui parce qu'il a une vibes oldies adaptés à nos jours. Sur scène il fait des merveilles, ça promet d’être très chaud sur Salahin.
Té di banna mank pa sa !!!


Akout : Vince, merci beaucoup. On attend avec impatience le 4 aout pour se rendre à Saint Pierre et découvrir l’édition 2010 du Sakifo Musik Festival.

Vince : Nous aussi, le Corner Team est en préparation… en mode KER FAYA

Interview réalisée par Guillaume Peroux / Akout.com

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Interviews

Le 05 janvier 2010

Interview de Seb The Player

Une grande ombre avec un chapeau hante les nuits réunionnaises depuis quelques temps. DJ constamment à la recherche de nouveaux sons à placer dans ses sets éclectiques, Seb The Player cultive l’art du z’embrocal musical, mixant les sons de tous les dancehall du monde et de tous les temps... Véritable militant de la fête universelle, ses morceaux ne sont jamais placés par hasard et s’inspirent aussi de mouvements sociaux, historiques ou littéraires. Son but ? Vous faire déhancher jusqu’au bout de la nuit... et plus. Toujours plus.

Je suis né le 22 mars 1973 à Thoissey, un village de 1200 habitants dans l’Ain, près de la région du Beaujolais.

Jusqu’à mes 16 ans, mon environnement c’était donc été le saucisson, le vin, et puis les bals et leur bagarres entre villages. Premières approches du monde de la nuit... Je fréquentais le bar « Le Bon Coin », dans lequel je buvais des Gin Fizz en écoutant les 45 tours des Rolling Stones du juke-box : premiers flashs musicaux et... premières cuites.

Vers mes 16 ans je migre au lycée à Bourg en Bresse. Là, j’écoute le rock alternatif français de l’époque: Bérurier Noir, LSD, Ludwig Von 88, La Mano Négra... Ce dernier groupe m’amène vers un groupe majeur: The Clash. A partir de là, j’étais pris dans la spirale de la musique, je découvre le punk rock et le hardcore, la musique noise, à travers des groupes comme Fugazi ou Hint. Pour autant, je ne suis pas devenu straight-edge (le mouvement straight-edge issu de la scène musicale hardcore, militait pour un mode de vie végétarien et sans alcool ni drogues).

A l’époque, je détestais la techno, bien que déjà sensibilisé aux sons des machines à travers certains groupes punk. Mais en 1992, aux Eurockéennes de Belfort, c’est le le choc: parti pour y voir Don Letts, auteur de fameuses vidéos de groupes punk, j’assiste au concert de son groupe DreadZone et découvre avec stupeur que Letts ne joue pas de musique, mais est VJ du groupe, dont le style oscille entre dub et techno. Pendant le concert, je rencontre une charmante festivalière qui m’invite à une teuf qui a lieu derrière les festival, derrière des tentes : entre trois camions, je découvre la techno, la boue, les treillis : Spiral Tribe !

A cette époque, je bascule définitivement dans le monde de la musique. Parti pour étudier les lettres modernes à la faculté de lyon, accompagné de mon premier amour, j’y reste une semaine en tout et pour tout.... je découvre la fête, les bars, les soirées... les nuits sur canapés, dont je deviens un esthète. Je me teins les cheveux en rouge, puis en vert...

A partir de ce moment là, la musique devient ta vie.

Exact ! Influencé au lycée par les Inrockuptibles et les émissions de Bernard Lenoir sur France-Inter, seule radio écoutable à l’époque à Bourg en Bresse, je deviens programmateur au sein d’une radio étudiante de lyon; mon émission de pop et de rock s’appelle « Interférences ».

Plus tard, je monte le label Wild Palms (en référence à la série avec James Belushi diffusée en France sur Arte) avec mes complices Bob’X et Vincent Godard. Influencés par le son de 1996, notamment du label Mo’Wax, notre première édition est l’album de Bob’X, une figure locale, pour ainsi dire le ’Tricky de Bourg-en-Bresse’... Une nuit, à l’occasion d’un passage sur Angers au bar le Chabada, pour assister aux concerts de Hint et des Thugs (originaires d’Angers, qui était à ce moment là la capitale du Rock en France), je découvre les sons inédits de La Phaze et d’un tout nouveau groupe : Zenzile.

Ce groupe de dub, qui vient de sortir une K7, me donne un de leurs morceaux, qui va figurer sur la deuxième sortie du label Wild Palms, une compilation également dans la veine trip-hop, dub, electro. Cette compile, intitulée « Créatures des Abysses » et tirée à 1000 exemplaires, voit figurer les premiers morceaux de Zenzile, du Peuple de l’Herbe, de Rhinocérose... On y trouve également un morceau de Virginie Despentes, aujourd’hui écrivain renommée.

Vous étiez des précurseurs... Il s’agit en partie de la scène dub française actuelle!

La participation du Peuple de l’Herbe a été négociée un soir vers 4h du matin, après un concert d’Amon Tobin, au bar le Coin de la Marquise, entre deux verres... La veille de l’impression de la jaquette pour la compile, ils n’avaient toujours pas de nom de groupe! C’est à la dernière minute qu’ils m’ont annoncé leur nom, qu’ils portent toujours aujourd’hui.

Avec toutes ces découvertes, vous avez dû vous en mettre pleins les poches ???

On a perdu de l’argent tu veux dire! Sur les 1000 exemplaires, 500 seulement ont été écoulés. Mais, ces 500 exemplaires, j’en ai retrouvés, bien plus tard, un certain nombre chez des gens influents dans la musique : chez Jean-François Bizot, le fondateur et boss d’Actuel et Nova, chez les éditeurs du label Jarring Effects... Le morceau du Peuple de l’herbe et deux autres morceaux que nous avions sortis se retrouvent sur une compile de chez Nova. Le label Jarring Effects est aujourd’hui un label de dub reconnu...

Mais je ne ressens pas cela comme une injustice: il y a ceux qui trouvent et ceux qui font vivre la chose; nous à l’époque on était pas faits pour ça, on y a laissé des plumes!

Sur Lyon, tu rencontres également les Meï Teï Sho, passés récemment à la Réunion pour leur prestation au dernier Sakifo, et dont la paire rythmique tourne avec Nathalie Natiembé.

En 1997, je rencontre Boris, le bassiste, qui m’invite à assister à leur concert. Emballé par leur prestation, nous décidons que je deviendrai leur manager. Et ça marche tout de suite! Peut être un peu trop, puisque six mois plus tard, le groupe est programmé sur la scène de l’Elysée Montmartre à Paris, pour une soirée Nova. Nous sommes également programmés aux Transmusicales de Rennes. Ce rôle de manager, je le tiendrai pendant deux ans et demi, mais après j’arrête: ça devient vraiment trop lourd pour moi, je me rend compte que le manager est un peu la nounou des musiciens finalement... ça n’est pas ma fibre.

Peu après, tu montes à Paris et travailles pour le magazine Nova. Car tu es également journaliste.

Parallèlement à mes activités dans la musique, je débute mon expérience dans le journalisme pour le compte de l’hebdomadaire Lyon Capitale. Or, Jean-François Bizot, qui avait lu mon article sur Zenzile, m’appelle en me prévenant qu’il part voir les voir à Macon, depuis Paris, et donc que ça a intérêt à être aussi bien que je le prétend ! Heureusement, il ne sera pas déçu...

Peu après, j’étais viré de chez Lyon Capitale pour faute : j’étais parti voir Cypress Hill à Rennes! Sans autorisation. Une nuit, mes parents reçoivent un coup de téléphone de Bizot. Il me recherche pour l’accompagner couvrir un festival à Nantes... Comment a t-il pu retrouver mes parents, là-bas à Thoissey? Mystère. Toujours est-il que, suite à cette expédition, j’aménage et m’installe à Paris pour travailler pour Jean-François Bizot et Nova Magazine, sans même être repassé par Lyon, que je quitte définitivement.

Et là, commence la Grande Fête...

Ca commence fort avec MON anecdote sur Jean-François Bizot. Chacun de ceux qui l’ont connu a SON anecdote bien à lui. La mienne, c’est celle du mocassin perdu dans la rave-party : invité pour le réveillon dans son manoir de Saint-Maur, on enchaîne dans une lointaine rave boueuse... Après deux heures de recherches, on retrouve Bizot pour repartir, sans son fameux mocassin, le pied couvert de boue...

Avec Boris de Meï Teï Sho, lui aussi monté à Paris, on s’installe à Alfortville dans une collocation... Car on vit des fêtes d’anthologie, des expériences en tous genres incroyables. De plus on héberge les groupes et artistes qui passent au Batofar et à la Guinguette Pirate, deux fameux clubs parisiens. Notre coloc devient alors un haut lieu de l’after, baptisée Afterville... Concerts, sets de DJ, moments intenses et magiques. Je n’ai pas dormi pendant six ans.

En dehors de ton boulot chez Nova, tu continues tes activités dans la musique ?

Déjà, chez Nova, je participe à l’ouvrage Underground Moderne ainsi qu’à la sélection pour la compilation éponyme, un boulot qui nous prend neuf mois.

Parallèlement, je fais mes débuts en tant que DJ. Ma sélection c’est : musiques du monde, matinées de dub. La première fois au Batofar, en remplacement de Boris de Meï Teï Sho, qui avait raté le train pour Paris. Je joue aussi au Crying Délirium, une boîte d’after. J’organise des soirées à la Flèche d’Or.

Tout au long de mon parcours en tant que DJ, j’allais plus tard jouer dans les clubs, les rave, teknivals, kermesses, comités d’entreprise, mariages... et également des festivals comme les Francofolies ou les Vieilles Charrues en 2001, pour lequel j’ai été programmé devant 8000 personnes. Je serais incapable de dire si ça a marché car je n’ai pas osé lever les yeux pendant tout le set, tétanisé par le trac... Ironie de mon histoire, j’y retrouve Don Letts et DreadZone, qui m’avaient marqué dix ans auparavant!

En 2005, j’arrête de travailler pour Bizot quand Nova Magazine prend fin. Je me lance alors, avec mes dalons musiciens de Lyon, dans une tournée européenne intitulée «Lyon Calling Tour », qui réunit Meï Teï Sho, High Tone et le Peuple de l’Herbe. Vingt-cinq dates, dix-sept pays visités, dont l’ex-Yougoslavie, la Pologne, la Hongrie et la République Tchèque, trois tour-bus, deux tonnes de matériel et trente-quatre personnes sur la route. Le concert à Sarajevo fut d’anthologie : après avoir construit la scène et installé le son dans un squat en ruines au milieu de nulle part, nous avons accueillies plus de 1000 mélomanes ultra-motivés, sans avoir fait spécialement de communication mais les bosniaques, à ce moment là, avaient un besoin irrépressible de faire la fête, d’oublier la guerre. Après la soirée, le conseiller culturel de l’Ambassade de France est venu féliciter toute l’équipe pour ce succès, nous remerciant pour l’organisation, dans ces conditions pas évidentes.

Une vraie tournée rock’n’roll...

Mais pas que. C’était surtout très humain. Tous ces groupes, formés à la même période, portant les mêmes valeurs, c’était pour nous une consécration de notre amitié et de notre fidélité, mais aussi de l’intérêt de cette musique métissée. Au cours de la tournée, l’entraide et le partage furent notre ciment. Il n’y avait aucune rivalité entre les musiciens, alternant l’ordre de passage chaque soir afin que chacun en profite. On essayait de faire des concerts partout, tout le temps, un maximum. On voulait aller partout là où personne n’allait. On dormait dans des auberges de jeunesse où l’on nous servait de la soupe aux pommes de terre et choux. Après les concerts, tout le monde mettait la main ensemble pour démonter le matos, puis on faisait la fête toute la nuit, comme ça pendant toute la tournée... Je faisais DJ de temps en temps, je m’occupais du stand des disques et des teeshirts, mais je faisais aussi office de débiteur de boissons alcoolisées non autorisées... J’écrivais aussi le blog de la tournée au jour le jour. Tournée qui a eu un certaine reconnaissance et qui est vraiment un grand souvenir.

Et c’est un peu après que tu débarques sur l’île de la Réunion.

Après ces années de fêtes intensives à Paris, j’étais à la recherche d’autre chose. J’ai failli m’installer à Berlin. étant amateur de football, je m’y suis rendu pour assister aux matchs de la Coupe du Monde de 2006. Là, j’ai découvert de nouvelles formes de fêtes, c’était assez impressionnant et plutôt tentant de s’y installer. Mais le hasard a fait que, suite à la tournée du Lyon Calling Tour, j’ai débarqué à la Réunion en compagnie d’Hammerbass, programmés pour l’ouverture du Bug deuxième version, celle de Pierrot, à Saint-Pierre. Par la même occasion, je suis chargé d’écrire un papier sur la scène électronique réunionnaise pour le compte du magazine Trax.

Ayant rencontré Jérôme Galabert, l’organisateur du festival Sakifo, j’y suis invité en tant que DJ pour la soirée de clôture. En découvrant cette île, je me dis que ma vie sera désormais ici, à la Réunion. Je déchire le billet du retour. Et je m’y installe.

Et donc tu y continues notamment tes activités de DJ... jusqu’à ta pseudo retraite de 2007, qui dure en réalité six mois... Bon coup marketing ?

Non, ça n’était pas du marketing! J’étais vraiment lassé en fait, je me disais que tout cela tournait en rond, je ne ressentais rien de nouveau ou d’excitant. étant donné que ma sélection, depuis toujours, c’est l’underground mondial, je tombe alors, via les mixes de la Villa Diamante, sur le mouvement colombien de la nueva cumbia : leur musique traditionnelle passée à la moulinette des instruments électroniques... J’en tombe amoureux et retrouve ma voie de DJ!

Quelle est ton opinion sur les lieux de diffusion de la musique à la Réunion? Comment par exemple expliques tu que tu sois demandé par divers festival comme, cette année, le festival SOL à Saint-Gilles, le Festival du Film de la Réunion, le Sakifo, alors qu’il faut quasiment mendier pour être booké dans les bars et les boites, qui devraient en principe être tes lieux de prédilection, puisqu’uniquement dédiés à la danse ?

C’est fatiguant mais c’est un nouveau combat. Je pense que les responsabilités sont partagées. Tout d’abord, il n’y a pas véritablement de « club » dédié aux mélomanes, il y a surtout des boites de nuit dont le but est avant tout commercial. Il y avait le défunt Bug à Saint-Pierre, où le taulier Pierrot nous garantissait une qualité musicale et un éclectisme précieux. Mais ce lieu a fermé depuis.

D’un autre côté, les rares endroits qui se voudraient « alternatifs » ne s’en donnent pas véritablement les moyens : le système de son est souvent délaissé, ce qui est paradoxal puisqu’il s’agit de lieux de diffusion de la musique... Au-delà du public en lui même, je crois qu’il y a une « éducation » des gérants de ces lieux : les gens sont capables de danser sur autre chose que de la musique commerciale! La fête, l’alcool et les filles, tout cela peut se retrouver sur de la musique de qualité. On n’est pas obligé de passer les trucs de NRJ.

Cependant, je suis optimiste, je crois que cette éducation va se faire. Il y a un travail de fond à effectuer, par exemple grâce aux festivals de musique qui ont lieu à la Réunion : devant la diversité des groupes programmés, on devrait aller vers un « affinage » des goûts, une meilleure réceptivité de la part du public à la musique « non commerciale ».

Enfin, je pense qu’il y a une responsabilité également de la part des DJ. Beaucoup sont bornés et ne jurent que par ce qu’ils appellent l’« electro » (l’electro étant en réalité un style de musique bien particulier datant du début des années 80 et ayant perduré jusqu’à nos jours). Or, on n’est pas obligé de faire la fête sur de la musique dance electro. Combien de fois a t-on vu des DJ mettre de la techno dès le premier morceau, à 22h. Résultat : le bar, qui a fait l’effort de programmer un DJ la première fois, ne renouvelle plus jamais l’expérience. Les DJ devraient faire un retour aux sources et faire preuve d’humilité, s’adapter au public et aux lieux dans lesquels ils sont programmés. Il y a trop d’égo.

Tous les DJ ne sont-ils finalement pas, dans une moindre mesure, un peu égocentriques ?

Il y a bien entendu une part d’égocentrisme lorsqu’on s’expose devant un public, dans le but de le faire rentrer dans SON monde à soi, lui faire partager SES goûts... Mais comme le dit Jean-Louis Murat : « j’assume mon égocentrisme ».

Il y a aussi une certaine technique à maîtriser.

Je n’ai pas une grande technique. L’ordinateur m’aide beaucoup... Pour moi, c’est un instrument comme un autre. Il y a cependant un feeling à avoir, dans la sélection des morceaux tout d’abord, puis dans l’enchaînement, en regardant les réactions des danseurs. Il faut bien entendu connaître ses morceaux par coeur.

Dans ce domaine, j’ai été formé à bonne école avec JahBass, musicien au sein du groupe Cosmic Connection, qui déclinait un style entre Jazz et Drum’n’Bass. Il a notamment enregistré des dubplates avec Junior Marvin, le grand chanteur de reggae. En tant que DJ, Jahbass m’invitait régulièrement à ses soirées, et j’ai découvert quelqu’un avec une culture musicale phénoménale. Il m’a appris énormément, pour trouver le bon feeling, quelque soit la soirée, le lieu, la fête. Jahbass me répétait souvent : « il faut savoir mixer dans TOUS les états »... Précepte que j’applique toujours à la lettre !

En effet, je crois que tu n’es pas le dernier pour faire la fête.

Pour moi c’est un véritable art de vivre, qui me vient probablement de mon enfance à Thoissey : les bals, la musique, les bagarres... La fête, c’est une forme de décadence. Les meilleurs mixes, les meilleures soirées, se font face à un public réceptif... à un certain moment de la nuit, on atteint un point de rupture, on bascule dans un autre monde, dans lequel les gens révèlent une certaine part de leur personnalité, dans lequel les masques tombent. A ce moment là, tout peut arriver... Tous les éléments extérieurs jouent: plus c’est sombre, plus on peut se sentir à l’aise et se lâcher. C’est ce qui m’attire, depuis les bagarres entre bandes dans les bals de mon enfance: cette ambiance tendue, qui peut basculer d’un moment à l’autre, dans des endroits bizarres où l’on est souvent proche de la bagarre générale... C’est de la matière pour un musicien, ou pour le DJ que je suis : transformer cette énergie en musique. J’aime les limites, les rencontres avec des gens pas « nets », des écorchés... Des styles populaires comme la techno de Détroit ou la favela-funk de Rio de Janeiro sont nés dans des endroits « chauds », pleins de violence.

La fête peut elle avoir un sens politique ?

Bien sur, la fête et la politique sont liés : lorsque je joue certains morceaux, ça n’est pas par hasard,que ça soit de la soul, du reggae, la techno, etc, qui sont des styles hautement militants à la base.

En France, le clubbing a des origines liées à l’Histoire : la première discothèque de Régine, sous la seconde Guerre Mondiale, tenait place dans une cave... Les orchestres n’étant pas légions, ils furent remplacés par... des disques ! D’où ce nom de « discothèque », que l’on doit à Serge Gainsbourg. De même, les Zazous accomplissaient des actes politiques nocturnes en faisant des fêtes anticonformistes.

On peut aussi citer, entre autres innombrables exemples, les happenings du Grateful Dead ou du Pink Floyd, le maloya et, bien sur, le mouvement disco, qui est né dans des clubs comme le Paradise Garage à New-York, ou se retrouvaient les homos, porto-ricains et blacks, qui exprimaient au grand jour leur identité, une façon différente de voir les choses sur fond de musiques nouvelles. à notre époque mondialisée, le truc musical c’est l’éclectisme total, jouer et faire la fête sur tous les styles, un peu comme ça s’était passé après mai 68.

A part la musique, tu es également passionné de littérature.

La littérature me permet une construction humaine personnelle, individuelle. J’ai besoin du même éclectisme dans la littérature que dans la musique. Ce qui est important, c’est le rythme de l’écriture, trouver le bon beat... Les fans de musique sont souvent des fans de littérature : Jean-François Bizot, le DJ Ivan Smagghe, Boris Vian... Les deux domaines sont tout aussi importants. évidemment, j’aime la littérature musicale, Alain Pacadis, Yves Adrien, Lester Bangs, les éditions Allia... Hunter S. Thompson est aussi un modèle pour moi en tant que journaliste.

Aujourd’hui, tu es journaliste dans les faits divers; tu disais que les faits divers sont la quintessence du journalisme.

Il s’agit de technique journalistique pure. Un fait divers est un fait qui n’existe pas au début de la journée : il n’y a pas d’attaché de presse, pas de dossier de presse, pas de communication... Donc déjà il faut être au courant, avoir un bon réseau sur le terrain. Ensuite, il faut une certaine réactivité : on n’a que quelques heures pour procéder à une enquête. Enfin, on est au courant de certaines choses dont il ne faut pas forcement parler tout de suite et qui sont partagées entre les forces de l’ordre, les médecins et, bien entendu, la famille ou les gens directement concernés. Il faut vérifier ses sources pour ne pas blesser leur dignité; il s ’agit de raconter une histoire avec véracité.

Pour se rapprocher de la littérature, beaucoup d’écrivains étaient journalistes de faits divers : Joseph Kessel, qui a fondé le magazine Détective, l’ouvrage de Jean Meckert sur l’affaire Dominici, Roger Vaillant... Je songe également à m’essayer à l’écriture, je pense que ça viendra un jour. La plupart des écrivains que j’admire ont commencé tard : Louis Calaferte, Céline...

Et tes projets immédiats ?

J’ai bien fait de ne pas prendre ma retraite finalement : j’ai pas mal de pistes de projets pour 2010, ça commence à prendre. Je m’occupe surtout de mon site, sebtheplayer.com, sur lequel je publie régulièrement des chroniques, des reportages. On peut aussi y retrouver l’agenda de mes dates (la deuxième édition des Electropicales en 2010, la nouvelle saison du 211 à Saint-Leu en février...). Sinon, je continue à écrire des articles pour le compte du magazine Standard... Et je ne compte plus prendre ma retraite ! Je crois que je serai DJ jusqu’à au moins 75 ans...

Pour conclure, as tu un message à faire passer à tes fans féminines, qui sont nombreuses et qui t’aiment ?

Hé bien, les filles, venez me voir lorsque je suis derrière les platines pour me dire que vous m’aimez! Car je suis plutôt timide en fait...

Interview réalisée par Konsöle
Photos : Fanny Vidal


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