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Le 26 mai 2010

Groovecello

Zembrocal Musical
Décidément, les amours du violoncelle et du maloya sont au beau fixe. Après la confrontation Vincent Ségal - Nathalie Natiembé sur l´album Karma, c´est au tour du violoncelliste hollandais Ernst Reijseger de mêler ses cordes au rythme emblématique de la Réunion.
Ernst Reijseger, c´est un peu l´électron libre du violoncelle : sa discographie témoigne d´une ouverture musicale sans limites, aux frontières du jazz et de l´avant-garde.
Suite à un voyage à la Réunion, il fait connaissance avec la Famille Lélé et tombe sous le charme du maloya. Si Karma évoluait dans les fumées du maloya rock, Zembrocal musical nous ramène sur les terres du maloya traditionnel avec Groove Lélé. La troupe joue ici la carte de l´ouverture amorcée avec Zelvoula, le dernier album de Granmoun Lélé qui croisait le fer avec le salegy de Jaojoby et le sax free de Prof Jah Pinpin.
Donc Groove Lélé pour le maloya, Ernst Reijseger aux cordes, mais aussi le chanteur sénégalais Mola Sylla et le percussionniste atypique Alan Purves : l´album mérite bien son label Zembrocal !  Belle réunion donc que ce violoncelle qui se caméléonise sur les rythmes du maloya, à coups d´envolées lyriques ou de slaps funkysants sur Oh Lélé. Constat évident : le maloya peut se nourrir de toutes les musiques sans y perdre son âme et donc rayonner bien au-delà des frontières de la Réunion...



Ce disque a été enregistré en public lors de concerts en Gironde en juillet 2009 par le prestigieux label allemand Winter & Winter. Tout comme son voisin munichois ECM, ce label se distingue par une ligne éditoriale qui fait fi des étiquettes et publie régulièrement de beaux disques-objets, aux superbes pochettes en carton gaufré. Bingo pour Groove Lélé qui bénéficie donc d´une solide diffusion internationale ! Maloya all over the world, the time is now !
Ami lecteur, va donc pas télécharger ce disque je ne sais où, y´a pas d´excuses pour se le procurer facilement !

Tahitiansunset

PS : Monsieur Winter : l´oiseau sur la pochette, c´est le dodo mauricien, souvent confondu avec l´Ibis de la Réunion. Confusion entretenue par un certain breuvage alcoolisé sans doute ;-)

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Le 20 mai 2010

Ousanousava...

A la la nou le laaaa...
Contre vents et marées, 26 ans de carrière, une bonne dizaine d´albums au compteur, le premier en 1984 (ZE cassette, une des meilleure vente à La Réunion) et voilà pour vos oreilles le deuxième live du groupe. Le premier de 2004 était enregistré à domicile, le match retour se joue en métropole !  

"A la la nou le laaaa..."

Tremble Montpellier ! Ousanousava est sur la place !
Avec un répertoire conséquent dans ses valises, cruel dilemme...  tant de tubes attendus par le public, comment tout faire rentrer dans l´espace-temps d´une soirée ?
La bande à Joron a trouvé la solution : au menu, un "Sauté séga" et un "Shop sue" maloya, deux pots-pourris pas piqués des hannetons, survol du répertoire d´Ousanousava, mais aussi, et encore et toujours, les ségas inoubliables de leur père Jules Joron (d´ailleurs, ça serait cool de rééditer les galettes de Jules Joron avec André Philippe publiées à l´époque sur le label Dindar !).  
Aux côtés de ces standards, des chansons plus récentes, qui racontent l´exil, l´éloignement ("Yo ko ke ou sava", "Meme si ou le loin") et une farouche attache à la culture et à l´identité réunionnaise. Climax bien sûr avec "Grand mere", un des hymnes phare du groupe. Ek en prime un inédit "Kaniki latèr", texte engagé sur les exclus de toute la planète "Asie, Mali, Bolivie, bann profiteurs la vole zot vie..."

Le tout chaleureusement défendu sur scène avec sincérité, et une cohésion musicale rare...

Vox populi, vox Dei : Ousanousava est le groupe réunionnais qui a le plus de fans sur le réseau social Boyocabri !

Tahitiansunset

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Le 09 avril 2010

Ousanousava Live Jam

Deuxième album Live du groupe OUSANOUSAVA.
La grande différence est qu’il a été enregistré au cours de la tournée de mai 2009 qui a amené le groupe dans toute la France (Paris/ New Morning – Orléans – Bordeaux – Perpignan -Ville franche etc...)

Une tournée qui a tenue toutes ses promesses avec un public très nombreux dans toutes les salles de concert et un accueil chaleureux des spectateurs.

Réalisé en collaboration avec NUEVAONDA PRODUCTION, cet album est un point d’ancrage sur la production des spectacles de OUSANOUSAVA, qui montre d’abord l’aspect festif des concerts du groupe qui s’exprime pleinement sur scène.

Entre 2004 (date du dernier enregistrement live) et aujourd’hui, c’est quasiment la même équipe et le public appréciera l’évolution de l’interprétation de sa musique.

Une évolution constante à leur rythme où le répertoire s’organise autour de deux « maillages ». L’un au rythme du séga traditionnel, l’autre autour du séga/maloya et surtout des textes poétiques et engagés qui ont été la marque de fabrique de la famille JORON et de son entourage.

Les titres de l’album « Tous les Enfants » sont également très présents ainsi que les grands classiques du groupe et un titre inédit viendra compéter ce nouvel opus à découvrir sans tarder

OUSANOUSAVA live au Jam de Montpellier est aussi le reflet d’un groupe qui bouge régulièrement hors de son île depuis 2000 (2 déplacements à Madagascar, 2 déplacements aux Seychelles, 1 tournée au Zimbabwe, et 6 tournées en métropole) et a voulu ainsi retranscrire, le temps d’un album, l’ambiance ….. loin de son île !

avec Bernard JORON au chant/guitare rythmique et trompette – François JORON au chant et aux choeurs, ainsi qu’aux percussions – Patrick ATIDE à la guitare solo et aux choeurs – Laurent SERVEAUX à la batterie – Frédéric TOSSEM à la basse – Alfred VIENNE à l’accordéon – et Guillaume DEJEAN au violon.

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Le 25 février 2010

Ye Lo Magik Orkhestra !

Avec un peu de retard, retour sur un des albums marquant de la fin 2009 : Ye mama de Lo Griyo est un de ces disques mûri longuement. Formé en 2006, le duo Sami Pageaux-Waro et Luc Joly a pris son temps et s´est d´abord forgé une solide réputation sur scène, écumant les tréteaux de l´île, de métropole et du Québec. Auréolé du prix Alain Peters en 2007, le groupe était donc attendu au tournant !

Lo Griyo, c´est d´abord une signature sonore originale, un orchestre de poche. Sami assure la voix, les percussions et affectionne deux instruments fétiches des griots africains : la kora (harpe) et la sanza (piano à pouces) ; Luc souffle dans ses saxophones, clarinettes, flûtes et mélodica. Membre récent du groupe, Brice Nauroy triture et superpose les sons, démultiplie les voix. En studio, l´album a été produit Yann Costa, habitué des rendez-vous marquants (Zong, Jaboticaba, Nathalie Natiembé...).



Les 6 rennes, entrée en douceur aux sonorités apaisantes de la kora et des vents... toutes les couleurs du monde sont invitées pour un Servis kabaré... tendre retour en enfance en vagabondant sur le Somin lékol... Ailleurs et sa montée en puissance toute « zongienne »... Danyèl Waro fait une apparition pour revisiter son Baylo... l´album se conclut par un slam dantesque du fonnkézèr Franky Lauret en hommage au Défin Alain Peters...

Bienheureux celui qui arrivera à coller une étiquette sur la musique du groupe... Comme Hadouk Trio, Lo Griyo joue la musique d´un 6ème continent imaginaire, sans frontières, un zembrocal subtil dans lequel maloya, electro, jazz, musiques indiennes, africaines et brésiliennes se télescopent. Dans une interview, Sami Pageaux-Waro préfère parler de transe : la transe des cérémonies rituelles, mais aussi la "transe moderne laïque" des musiques électroniques. Lo Griyo, une musique ancrée dans son temps, mais qui n´oublie pas l´héritage des ancêtres.
 
Tahitiansunset

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Le 27 janvier 2010

Fata Morgana

Morgane Ji - Idiomes (Faunebox, 2009)
C´est un de ces soirs où il est tard, où les yeux mi-clos on égrène des pages sur le net, des sons, des images se succèdent... soudain, au milieu d´un océan de musique formatée, on accoste par hasard sur les rivages d´une artiste singulière au pouvoir de séduction imparable. Cette artiste, c´est Morgane Ji, joli brin de métis réunionnaise. Remarquée par le label Patch B, elle assure le chant sur l´album Noah´s boat du groupe Jamao et collabore avec deux fameux combos de fusion celtique, Karma & Wig A Wag.

Deux ans après son premier opus solo, elle revient avec un nouvel album Idiomes. Réalisé avec le fidèle E.r.k. (guitares aériennes et production ciselée), l´univers inhabituel de Morgane Ji surprend toujours autant. Fusion de rock et d´une world musique où se mêlent les embruns frais des côtes celtiques et la fournaise d´un volcan en éruption... Et cette voix ! "Admirablement timbrée, chaude, basse et grave, confidentielle à souhait, et enjôleuse, et susurrante, avec des modulations nuancées..." *, elle s´envole soudain dans un chant incantatoire et shamanique.

Maniant les mots en français, anglais ou créole, Morgane Ji chante l´enfance (Dessine-moi un mouton, Bouton d´or), interroge ses racines créoles (Kossa sa ?, Maloya), jongle avec les mots (Idiomes). Le tout emballé dans un livret habilement illustré... A l´heure de la musique dématéralisée et désincarnée, le label Faunebox persiste dans la confection de beaux disques.
Un bel écrin donc pour la fée Morgane ! Si d´aventure elle vient chanter chez vous, ne la manquez pas ! Un concert de Morgane Ji, c´est le temps suspendu, une voix hypnotique qui ne vous lâche pas, une véritable générosité... à vos agendas !

* in "Notes sur André Gide, Roger Martin du Gard, Gallimard, 1951"

Tahitiansunset

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Le 19 janvier 2010

Sen Mêlé

Ouh la ! Quand m´a vu ça, " Maloy´az ", album " Sen mêlé ", je me suis dit " Non ! Pas encore un de ces groupes de fusion maloya/jazz, super compliqué et prétentieux, trop souvent je trouve ça merdique, j´évite ! "... et puis sur la pochette (trés élégante, bien travaillée au demeurant), la mention " Chanson française de La Réunion " : c´est kwé ça, une Véronique Samson créole en Pays de Loire ?!!
Evidemment, passé ces premières impressions, on arrête de faire le couillon et on écoute : et là, c´est quand même la claque ! Quelle voix incroyable ! Incroyable est le mot, la voix est douce, aigue, légère et captivante, une voix soprano bien calée mais surtout surprenante quand on voit le bonhomme qui la défend: Maykèz de son ti nom gaté, auteur, compositeur, interprète, est un créole embarquè, là-bas dann péi la fré, un déraciné qui semble quand même (d´après les photos du livret !) apprécier le bon goût (oté !) des carrys bien de chez nous! Disons un Farinelli créopolitain!

Et à l´écoute de l´album, c´est la légèreté, et le minimalisme des chansons qui séduit : voix, piano et percus, point barre. Le piano est " jazzy " certes (le compère accompagnateur du chanteur touche sa bille), il maîtrise assez bien le ternaire maloyesque, mais sans esbroufe. Les percus sont aériennes, gatam, roulèr, congas, kayamb joué par le chanteur..., parfois avec un ti bout de guitare, le tout prend corps sans indigestion, plus sautillant ou langoureux que véritablement dansant, parfois même à la limite de la variétoche créole, mais sans faute de goût... " Musique métissée " c´est annoncé, mouais, ¸a veut plus trop rien dire ça, mais disons qu´un tas d´influences se télescopent, harmonieusement et sans clinquant... Cet équilibre des sonorités, à la production minimaliste, est renforcée par la voix de falsetto qui soutient les paroles fortes de l´auteur, en créole surtout, et un joli ti créole pas galvaudé qui emprunte aux gramounes quelques expressions bien poétiques, plus trop employées... Il y est beaucoup question de cet arrachement originel à La Réunion, aux dalons de là-bas et à ceux d´ici, à la famille, aux chers disparus, faisant raisonner une émotion à fleur de peau portée par cette toujours puissante mélancolie du pays natal...
Mention spéciale au morceau " Melinda ", un hommage à une amie disparue, dann fré là-bas Fontenay, qui fait vibrer la corde de la solidarité créole en France, un morceau poignant qui ferait pleurer un kanyar sous lartane ! Au final un très joli album, une belle surprise, à écouter quand vous aurez trop usé vos platines avec les albums de Davy Sicard, ou que vous avez envie d´une petite douceur à vous mettre sous l´oreille !

Zoryé Zoursins


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Le 17 décembre 2009

Alerte ! O.S.N.I...

Saint Extension (Bi-Pole - 2009)
Alerte ! Objet Sonore Non Identifiable au-dessus de la Réunion !
Aux commandes, Jako Maron, un musicien singulier au CV déjà bien chargé : débuts dans le hip-hop en 1997, habitué des projets musicaux expérimentaux, il croise les trajectoires d´artistes hors-normes comme Christian Jalma, Nathalie Natiembé et les fonnkézèrs Babou B´Jalah, Francky Lauret,  tout en baignant dans les sonorités synthétiques eighties (Front 242, Art Of Noise, Kraftwerk...).

Son nouvel album Saint Extension est à l´extrême opposé de ce qu´on pourrait attendre d´un disque étiqueté "world electro soleil". A l´écart des sentiers battus, Jako ne s´appelle pas Maron pour rien : ici pas de roulèr ni de kayamb, mais un abstract-maloya mutant, 100% machines (et pas des moindres, les mythiques Roland SH & TR croisent l´étonnante Cracklebox, instrument électronique des années 70). Résultat surprenant de radicalité, objectif atteint : réussir le grand écart entre les rythmes "ancestraux" du séga maloya et une électro futuriste. En écoute pleine puissance, les basses lourdes font vibrer les murs et les sons stridents à la Aphex Twin vrillent vos oreilles. Une écoute douce au casque permet d´apprécier les subtilités sonores de morceaux ambiant trip hop comme Radiode, avec sa mélodie empruntée aux annonces mortuaires radiophoniques... Et comment résister au salegy electro Bec rose ? Grand moment aussi, la relecture dub de Po mwin maloya de Danyel Waro dont la voix est (saint) expédiée vers l´infini à coups de triturages sonores méticuleux ... The Death of William Burroughs clotûre l´album, longue litanie où l´oraison funèbre du beat poet américain John Giorno se fond au maloya pléré de la Famille Gado...

Jako Maron - Saint Extension

Réalisé par Automat, l´album de Jako Maron est signé chez Bi-Pole (le label de Zong), bénéficie donc d´une distribution en métropole et pourrait bien créer la surprise dans la galaxie electro ! Saint Thétiseur priez pour Jako !

PS : Pour aller plus loin encore, ne manquez pas de faire une visite sur le site http://www.30kill.com/ !

Tahitiansunset

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Le 09 décembre 2009

Sortie de l´album de Lo Griyo : Ye Mama...

Présentation du projet artistique

LO GRIYO est le nom donné à une énergie créatrice et musicale venue de la réunion.
Initiateur d’une musique de transe polymorphe, le projet Logryo est dépositaire d’une musique née l’opportune rencontre entre tradition et modernité.
Captivant mélange d’une nouvelle énergie insufflée aux traditions musicales maloya, gnawa, salegy, et d’un supplément d’âme apporté à la fougue de la création actuelle;
Lo Griyo est également imprégné de la créativité et de la liberté offerte par les influences du jazz et de la musique électronique.

Ces 3 axes, tradition, jazz et musique électronique, sont l’essence d’un univers artistique en 3 dimensions auquel Sami Pageaux-Waro, Luc Joly et Brice Nauroy apportent note après note de nouvelles propositions en traçant leur propre sillon.
LO GRIYO se déploie, s’invente et se développe autour de cette volonté permanente de se réinventer et de donner naissance à une musique intemporelle, expérimentale et proche de la transe. Un rituel profane pour se souvenir et s’oublier, se rappeler et ne plus retenir que la force de l’instant partagé…

Ye Mama - Lo Griyo

Le premier opus : Yé Mama

La musique crée par Lo Griyo se définit non seulement par les influences que nous venons d’évoquer
mais aussi et surtout par la liberté que s’accorde ses musiciens.
Ainsi pour l’enregistrement de leur premier opus, ils ont souhaité s’immerger, aller au bout de leur
musique, en dehors des studios aseptisés, ils ont donc transformé la maison de Sami en laboratoire
d’enregistrement pendant près de 5 semaines.
Cette volonté de ne rien s’interdire et de donner toute sa place à l’instant s’est aussi exprimée à
travers des horaires d’enregistrement décalés, des prises de son en plein air et autres
expérimentations sonores à travers les pièces de la maison.

à l’image du groupe, Le studio se devait d’être un laboratoire, et l’enregistrement refléter une période créatrice plus que fixatrice.
La réalisation de l’album a été confiée à Yann Costa, 4 ème énergie du groupe (« Sankèr » « Karma » N.Natiembé, Zong « Fractures » « Paradis thematik ») le leader de Zong a notamment mis l’accent sur le travail d’édit avec des effets et des synthés analogiques qui donnent sa signature particulière au son général de l’album.
à ce travail de fond sont venus s’ajouter comme autant de sources d’inspiration, un quatuor à cordes, Danyel Waro (chant, kayamb) et Francky Lauret (écriture, slam).
Le résultat de ce voyage collectif est Yé Mama, un album composé de 13 invitations à la transe.

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Le 15 novembre 2009

Karma lé la !

Pour son troisième opus, Nathalie Natiembé revient à la formule de son premier album, la trinité voix - basse – batterie. Mais cette fois, le groove-maloya épuré et précis de Margoz a fait place aux divagations de la rythmique la plus allumée de la planète : Cyril « Bum » Atef et Vincent « Cello » Ségal, les enfants terribles de la scène française. Une alliance peu surprenante quand on connaît l´intérêt de Bumcello pour la Réunion et leur passion commune pour Alain Peters, celui-là même qui avait dès 1977 fait exploser le maloya dans toutes les directions... Après les premiers fruits de cette union que furent les concerts déjantés au Sakifo et à Marseille, il était normal que le trio grave son délire sur un disque : Karma lé la !

Kamasoutra, un violoncelle sombre pénètre en douceur dans la jungle luxuriante de Karma, la tension est palpable, on n’est pas là pour rigoler, bientôt volcan va pété ! Des lors, le corps est parti dans un Hkdododansing de tous les diables, kabar free maloya psyché rock baignant dans les vapeurs d´alcool et hanté par les fantômes de Peters et Madoré. L´enivrement continue, Margoz nous offre un voyage halluciné dans les bas-fonds de la mandoz, l´ambiance est lourde comme les visions fantasmagoriques d´un David Lynch. Mové lespri ne fait pas de cadeaux, à coups de kaloupétards et d´errances éthyliques, on plonge dans un fénoir de 12 minutes, la folie aux aguets, le vaudou s´invite à la fête, le violoncelle entête avec son ostinato, pur moment de folie...Kafnat, maloya tribal, invoque les esprits des guerriers maasaï et rappelle à qui ne le sait pas encore l´apport crucial de l´Afrique à la culture réunionnaise. Karma est un miroir apaisé de Hkdododansing, et l´album se conclut sur la ballade Transpapaye...

50 minutes denses, certes pas faciles à la première écoute (en ce sens, le précédent album Sankèr était plus « chatoyant »), mais peu à peu, le poison insidieux glisse dans nos veines... En ces temps de musique ultra-formatée, on retrouve la liberté des albums rock de la grande heure, le rock cosmique de Can, Neu !, le Pink Floyd de Syd Barrett... Les sessions d´enregistrement ont été réalisées volontairement dans l´urgence afin de préserver un son spontané, libre, le tout est superbement réalisé par Yann « Zong » Costa, toujours dans les bons coups quand il s´agit d´exhaler les arômes complexes des musiques de l´Océan Indien... Après l´album de Toguna, le nouveau label Sakifo Records (distribué en métropole par Wagram, pas d´excuses pour se procurer les galettes !) définit petit à petit les contours d´une musique réunionnaise avide d´expériences.

Tahitiansunset

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