Chroniques Albums

Le 02 juillet 2010

Pour toi, pour moi...

et tous ceux qui aiment le maloya !
Si il arpente inlassablement les scènes du monde entier pour défendre le maloya, on peut pas vraiment dire que Danyèl Waro soit un stakhanoviste du studio : 6 albums depuis Gafourn en 1987 (eh oui, 23 ans déjà !). D´ailleurs, l´homme avoue volontiers préférer la musique vivante à la musique figée sur disque. Mais notre (im)patience est récompensée avec ce nouvel opus. Et là, miracle, car voilà un album exceptionnel à double titre. D´abord, c´est un double album, deux fois plus de Waro d´un coup. Et surtout, alors que ses précédents disques respectaient peu ou prou l´instrumentarium traditionnel du maloya, Danyèl Waro s´est décidé à laisser une trace discographique de ses nombreuses collaborations. Cheminement logique : ça fait un moment que le p´ti yab de Trois-Mares multiplie sur scène les croisements du maloya avec toutes sortes de musiques : musiques gnawas, corses avec A Filleta, tsiganes avec Thierry Robin, chanson avec Emily Loizeau, hip hop avec Tumi... Sans compter ses apparitions sur les disques d´amis, ses chansons reprises par d´autres (Meddy Gerville, Fabrice Legros, Yaëlle Trulles, etc...) ou même relookées electro dub par Jako Maron...



Double album, 112 minutes, 15 titres, donc beaucoup d´espace pour délivrer la musique et, c´est une première, des morceaux fleuves aux durées infinies (2 titres font plus de 15 minutes !). Le répertoire, comme souvent, mélange anciens et nouveaux morceaux (le plus ancien, Degaz anou vitman date de 1977).
Il y a beaucoup de temps forts, impossible de tout vous détailler, mais après plusieurs écoutes attentives, on peut affirmer que la musique de Waro est entrée dans une nouvelle dimension. Cette musique se joue définitivement des frontières, elle les efface, avec une impression troublante de socle commun à des traditions musicales pourtant éloignées. L´exemple le plus flagrant est la rencontre du maloya avec les polyphonies corses du groupe A Filleta, invité d´honneur de cet album.
La Corse et la Réunion, deux îles de beauté,  8000 kilomètres de distance, et pourtant la fusion opère à merveille : les polyphonies apportent une couleur religieuse aux titres "Sin Bénwa" et "L´Invitu" et les rythmes réunionnais font swinguer les invités corses. Partage a cappella, Waro chante en corse la comptine traditionnelle "A Merula" (Le Merle). Pour la relecture de "Mandela", c´est tout naturellement le sud-africain Tumi, fraîchement converti au maloya, qui dialogue en hip hop. "Veli", composé par Thierry "Titi" Robin nous rappelle les beaux concerts que Waro avait donné avec le musicien gitan, habitué lui aussi des confrontations musicales tous azimuts. "Sapèl la mizér" nous convie aux cérémonies malbar en compagnie de la famille Singaïny, sorte de long rêve éveillé sur fond de tambours malbar...
Et puis il y a cette apparition quasi mystique de la takamba, l´instrument fétiche d´Alain Peters, ici jouée magistralement par Damien Mandrin. Hommage vibrant au Parabolèr avec "Alin", titre émouvant et inspiré, l´esprit du défunt musicien plane dans l´air quand arrive la citation de la "Complainte pour mon défunt papa"...



Le tout est enregistré par l´impeccable Yann Costa et produit par le fidèle Philippe Conrath, âme du festival Africolor et du label Cobalt. Un album évènement, dense et intense, de quoi vous occuper tout l´hiver austral ! Pour la métropole, il faudra être patient, la sortie est prévue le 13 septembre. Profitez-en donc pour réserver vos places pour les nombreux concerts prévus dans l´hexagone ! 2010, année Waro ? Oui, mille fois oui, on vient tout juste d´apprendre que Danyèl Waro est le lauréat du prestigieux trophée du WOMEX, le plus important des salons consacré aux musiques du monde. Une récompense déjà obtenue en 2001 par un certain Nusrat Fateh Ali Khan, rien que ça ! Respect Monsieur Waro !

Tahitiansunset

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