Interviews

Le 05 janvier 2010

Interview de Seb The Player

Une grande ombre avec un chapeau hante les nuits réunionnaises depuis quelques temps. DJ constamment à la recherche de nouveaux sons à placer dans ses sets éclectiques, Seb The Player cultive l’art du z’embrocal musical, mixant les sons de tous les dancehall du monde et de tous les temps... Véritable militant de la fête universelle, ses morceaux ne sont jamais placés par hasard et s’inspirent aussi de mouvements sociaux, historiques ou littéraires. Son but ? Vous faire déhancher jusqu’au bout de la nuit... et plus. Toujours plus.

Je suis né le 22 mars 1973 à Thoissey, un village de 1200 habitants dans l’Ain, près de la région du Beaujolais.

Jusqu’à mes 16 ans, mon environnement c’était donc été le saucisson, le vin, et puis les bals et leur bagarres entre villages. Premières approches du monde de la nuit... Je fréquentais le bar « Le Bon Coin », dans lequel je buvais des Gin Fizz en écoutant les 45 tours des Rolling Stones du juke-box : premiers flashs musicaux et... premières cuites.

Vers mes 16 ans je migre au lycée à Bourg en Bresse. Là, j’écoute le rock alternatif français de l’époque: Bérurier Noir, LSD, Ludwig Von 88, La Mano Négra... Ce dernier groupe m’amène vers un groupe majeur: The Clash. A partir de là, j’étais pris dans la spirale de la musique, je découvre le punk rock et le hardcore, la musique noise, à travers des groupes comme Fugazi ou Hint. Pour autant, je ne suis pas devenu straight-edge (le mouvement straight-edge issu de la scène musicale hardcore, militait pour un mode de vie végétarien et sans alcool ni drogues).

A l’époque, je détestais la techno, bien que déjà sensibilisé aux sons des machines à travers certains groupes punk. Mais en 1992, aux Eurockéennes de Belfort, c’est le le choc: parti pour y voir Don Letts, auteur de fameuses vidéos de groupes punk, j’assiste au concert de son groupe DreadZone et découvre avec stupeur que Letts ne joue pas de musique, mais est VJ du groupe, dont le style oscille entre dub et techno. Pendant le concert, je rencontre une charmante festivalière qui m’invite à une teuf qui a lieu derrière les festival, derrière des tentes : entre trois camions, je découvre la techno, la boue, les treillis : Spiral Tribe !

A cette époque, je bascule définitivement dans le monde de la musique. Parti pour étudier les lettres modernes à la faculté de lyon, accompagné de mon premier amour, j’y reste une semaine en tout et pour tout.... je découvre la fête, les bars, les soirées... les nuits sur canapés, dont je deviens un esthète. Je me teins les cheveux en rouge, puis en vert...

A partir de ce moment là, la musique devient ta vie.

Exact ! Influencé au lycée par les Inrockuptibles et les émissions de Bernard Lenoir sur France-Inter, seule radio écoutable à l’époque à Bourg en Bresse, je deviens programmateur au sein d’une radio étudiante de lyon; mon émission de pop et de rock s’appelle « Interférences ».

Plus tard, je monte le label Wild Palms (en référence à la série avec James Belushi diffusée en France sur Arte) avec mes complices Bob’X et Vincent Godard. Influencés par le son de 1996, notamment du label Mo’Wax, notre première édition est l’album de Bob’X, une figure locale, pour ainsi dire le ’Tricky de Bourg-en-Bresse’... Une nuit, à l’occasion d’un passage sur Angers au bar le Chabada, pour assister aux concerts de Hint et des Thugs (originaires d’Angers, qui était à ce moment là la capitale du Rock en France), je découvre les sons inédits de La Phaze et d’un tout nouveau groupe : Zenzile.

Ce groupe de dub, qui vient de sortir une K7, me donne un de leurs morceaux, qui va figurer sur la deuxième sortie du label Wild Palms, une compilation également dans la veine trip-hop, dub, electro. Cette compile, intitulée « Créatures des Abysses » et tirée à 1000 exemplaires, voit figurer les premiers morceaux de Zenzile, du Peuple de l’Herbe, de Rhinocérose... On y trouve également un morceau de Virginie Despentes, aujourd’hui écrivain renommée.

Vous étiez des précurseurs... Il s’agit en partie de la scène dub française actuelle!

La participation du Peuple de l’Herbe a été négociée un soir vers 4h du matin, après un concert d’Amon Tobin, au bar le Coin de la Marquise, entre deux verres... La veille de l’impression de la jaquette pour la compile, ils n’avaient toujours pas de nom de groupe! C’est à la dernière minute qu’ils m’ont annoncé leur nom, qu’ils portent toujours aujourd’hui.

Avec toutes ces découvertes, vous avez dû vous en mettre pleins les poches ???

On a perdu de l’argent tu veux dire! Sur les 1000 exemplaires, 500 seulement ont été écoulés. Mais, ces 500 exemplaires, j’en ai retrouvés, bien plus tard, un certain nombre chez des gens influents dans la musique : chez Jean-François Bizot, le fondateur et boss d’Actuel et Nova, chez les éditeurs du label Jarring Effects... Le morceau du Peuple de l’herbe et deux autres morceaux que nous avions sortis se retrouvent sur une compile de chez Nova. Le label Jarring Effects est aujourd’hui un label de dub reconnu...

Mais je ne ressens pas cela comme une injustice: il y a ceux qui trouvent et ceux qui font vivre la chose; nous à l’époque on était pas faits pour ça, on y a laissé des plumes!

Sur Lyon, tu rencontres également les Meï Teï Sho, passés récemment à la Réunion pour leur prestation au dernier Sakifo, et dont la paire rythmique tourne avec Nathalie Natiembé.

En 1997, je rencontre Boris, le bassiste, qui m’invite à assister à leur concert. Emballé par leur prestation, nous décidons que je deviendrai leur manager. Et ça marche tout de suite! Peut être un peu trop, puisque six mois plus tard, le groupe est programmé sur la scène de l’Elysée Montmartre à Paris, pour une soirée Nova. Nous sommes également programmés aux Transmusicales de Rennes. Ce rôle de manager, je le tiendrai pendant deux ans et demi, mais après j’arrête: ça devient vraiment trop lourd pour moi, je me rend compte que le manager est un peu la nounou des musiciens finalement... ça n’est pas ma fibre.

Peu après, tu montes à Paris et travailles pour le magazine Nova. Car tu es également journaliste.

Parallèlement à mes activités dans la musique, je débute mon expérience dans le journalisme pour le compte de l’hebdomadaire Lyon Capitale. Or, Jean-François Bizot, qui avait lu mon article sur Zenzile, m’appelle en me prévenant qu’il part voir les voir à Macon, depuis Paris, et donc que ça a intérêt à être aussi bien que je le prétend ! Heureusement, il ne sera pas déçu...

Peu après, j’étais viré de chez Lyon Capitale pour faute : j’étais parti voir Cypress Hill à Rennes! Sans autorisation. Une nuit, mes parents reçoivent un coup de téléphone de Bizot. Il me recherche pour l’accompagner couvrir un festival à Nantes... Comment a t-il pu retrouver mes parents, là-bas à Thoissey? Mystère. Toujours est-il que, suite à cette expédition, j’aménage et m’installe à Paris pour travailler pour Jean-François Bizot et Nova Magazine, sans même être repassé par Lyon, que je quitte définitivement.

Et là, commence la Grande Fête...

Ca commence fort avec MON anecdote sur Jean-François Bizot. Chacun de ceux qui l’ont connu a SON anecdote bien à lui. La mienne, c’est celle du mocassin perdu dans la rave-party : invité pour le réveillon dans son manoir de Saint-Maur, on enchaîne dans une lointaine rave boueuse... Après deux heures de recherches, on retrouve Bizot pour repartir, sans son fameux mocassin, le pied couvert de boue...

Avec Boris de Meï Teï Sho, lui aussi monté à Paris, on s’installe à Alfortville dans une collocation... Car on vit des fêtes d’anthologie, des expériences en tous genres incroyables. De plus on héberge les groupes et artistes qui passent au Batofar et à la Guinguette Pirate, deux fameux clubs parisiens. Notre coloc devient alors un haut lieu de l’after, baptisée Afterville... Concerts, sets de DJ, moments intenses et magiques. Je n’ai pas dormi pendant six ans.

En dehors de ton boulot chez Nova, tu continues tes activités dans la musique ?

Déjà, chez Nova, je participe à l’ouvrage Underground Moderne ainsi qu’à la sélection pour la compilation éponyme, un boulot qui nous prend neuf mois.

Parallèlement, je fais mes débuts en tant que DJ. Ma sélection c’est : musiques du monde, matinées de dub. La première fois au Batofar, en remplacement de Boris de Meï Teï Sho, qui avait raté le train pour Paris. Je joue aussi au Crying Délirium, une boîte d’after. J’organise des soirées à la Flèche d’Or.

Tout au long de mon parcours en tant que DJ, j’allais plus tard jouer dans les clubs, les rave, teknivals, kermesses, comités d’entreprise, mariages... et également des festivals comme les Francofolies ou les Vieilles Charrues en 2001, pour lequel j’ai été programmé devant 8000 personnes. Je serais incapable de dire si ça a marché car je n’ai pas osé lever les yeux pendant tout le set, tétanisé par le trac... Ironie de mon histoire, j’y retrouve Don Letts et DreadZone, qui m’avaient marqué dix ans auparavant!

En 2005, j’arrête de travailler pour Bizot quand Nova Magazine prend fin. Je me lance alors, avec mes dalons musiciens de Lyon, dans une tournée européenne intitulée «Lyon Calling Tour », qui réunit Meï Teï Sho, High Tone et le Peuple de l’Herbe. Vingt-cinq dates, dix-sept pays visités, dont l’ex-Yougoslavie, la Pologne, la Hongrie et la République Tchèque, trois tour-bus, deux tonnes de matériel et trente-quatre personnes sur la route. Le concert à Sarajevo fut d’anthologie : après avoir construit la scène et installé le son dans un squat en ruines au milieu de nulle part, nous avons accueillies plus de 1000 mélomanes ultra-motivés, sans avoir fait spécialement de communication mais les bosniaques, à ce moment là, avaient un besoin irrépressible de faire la fête, d’oublier la guerre. Après la soirée, le conseiller culturel de l’Ambassade de France est venu féliciter toute l’équipe pour ce succès, nous remerciant pour l’organisation, dans ces conditions pas évidentes.

Une vraie tournée rock’n’roll...

Mais pas que. C’était surtout très humain. Tous ces groupes, formés à la même période, portant les mêmes valeurs, c’était pour nous une consécration de notre amitié et de notre fidélité, mais aussi de l’intérêt de cette musique métissée. Au cours de la tournée, l’entraide et le partage furent notre ciment. Il n’y avait aucune rivalité entre les musiciens, alternant l’ordre de passage chaque soir afin que chacun en profite. On essayait de faire des concerts partout, tout le temps, un maximum. On voulait aller partout là où personne n’allait. On dormait dans des auberges de jeunesse où l’on nous servait de la soupe aux pommes de terre et choux. Après les concerts, tout le monde mettait la main ensemble pour démonter le matos, puis on faisait la fête toute la nuit, comme ça pendant toute la tournée... Je faisais DJ de temps en temps, je m’occupais du stand des disques et des teeshirts, mais je faisais aussi office de débiteur de boissons alcoolisées non autorisées... J’écrivais aussi le blog de la tournée au jour le jour. Tournée qui a eu un certaine reconnaissance et qui est vraiment un grand souvenir.

Et c’est un peu après que tu débarques sur l’île de la Réunion.

Après ces années de fêtes intensives à Paris, j’étais à la recherche d’autre chose. J’ai failli m’installer à Berlin. étant amateur de football, je m’y suis rendu pour assister aux matchs de la Coupe du Monde de 2006. Là, j’ai découvert de nouvelles formes de fêtes, c’était assez impressionnant et plutôt tentant de s’y installer. Mais le hasard a fait que, suite à la tournée du Lyon Calling Tour, j’ai débarqué à la Réunion en compagnie d’Hammerbass, programmés pour l’ouverture du Bug deuxième version, celle de Pierrot, à Saint-Pierre. Par la même occasion, je suis chargé d’écrire un papier sur la scène électronique réunionnaise pour le compte du magazine Trax.

Ayant rencontré Jérôme Galabert, l’organisateur du festival Sakifo, j’y suis invité en tant que DJ pour la soirée de clôture. En découvrant cette île, je me dis que ma vie sera désormais ici, à la Réunion. Je déchire le billet du retour. Et je m’y installe.

Et donc tu y continues notamment tes activités de DJ... jusqu’à ta pseudo retraite de 2007, qui dure en réalité six mois... Bon coup marketing ?

Non, ça n’était pas du marketing! J’étais vraiment lassé en fait, je me disais que tout cela tournait en rond, je ne ressentais rien de nouveau ou d’excitant. étant donné que ma sélection, depuis toujours, c’est l’underground mondial, je tombe alors, via les mixes de la Villa Diamante, sur le mouvement colombien de la nueva cumbia : leur musique traditionnelle passée à la moulinette des instruments électroniques... J’en tombe amoureux et retrouve ma voie de DJ!

Quelle est ton opinion sur les lieux de diffusion de la musique à la Réunion? Comment par exemple expliques tu que tu sois demandé par divers festival comme, cette année, le festival SOL à Saint-Gilles, le Festival du Film de la Réunion, le Sakifo, alors qu’il faut quasiment mendier pour être booké dans les bars et les boites, qui devraient en principe être tes lieux de prédilection, puisqu’uniquement dédiés à la danse ?

C’est fatiguant mais c’est un nouveau combat. Je pense que les responsabilités sont partagées. Tout d’abord, il n’y a pas véritablement de « club » dédié aux mélomanes, il y a surtout des boites de nuit dont le but est avant tout commercial. Il y avait le défunt Bug à Saint-Pierre, où le taulier Pierrot nous garantissait une qualité musicale et un éclectisme précieux. Mais ce lieu a fermé depuis.

D’un autre côté, les rares endroits qui se voudraient « alternatifs » ne s’en donnent pas véritablement les moyens : le système de son est souvent délaissé, ce qui est paradoxal puisqu’il s’agit de lieux de diffusion de la musique... Au-delà du public en lui même, je crois qu’il y a une « éducation » des gérants de ces lieux : les gens sont capables de danser sur autre chose que de la musique commerciale! La fête, l’alcool et les filles, tout cela peut se retrouver sur de la musique de qualité. On n’est pas obligé de passer les trucs de NRJ.

Cependant, je suis optimiste, je crois que cette éducation va se faire. Il y a un travail de fond à effectuer, par exemple grâce aux festivals de musique qui ont lieu à la Réunion : devant la diversité des groupes programmés, on devrait aller vers un « affinage » des goûts, une meilleure réceptivité de la part du public à la musique « non commerciale ».

Enfin, je pense qu’il y a une responsabilité également de la part des DJ. Beaucoup sont bornés et ne jurent que par ce qu’ils appellent l’« electro » (l’electro étant en réalité un style de musique bien particulier datant du début des années 80 et ayant perduré jusqu’à nos jours). Or, on n’est pas obligé de faire la fête sur de la musique dance electro. Combien de fois a t-on vu des DJ mettre de la techno dès le premier morceau, à 22h. Résultat : le bar, qui a fait l’effort de programmer un DJ la première fois, ne renouvelle plus jamais l’expérience. Les DJ devraient faire un retour aux sources et faire preuve d’humilité, s’adapter au public et aux lieux dans lesquels ils sont programmés. Il y a trop d’égo.

Tous les DJ ne sont-ils finalement pas, dans une moindre mesure, un peu égocentriques ?

Il y a bien entendu une part d’égocentrisme lorsqu’on s’expose devant un public, dans le but de le faire rentrer dans SON monde à soi, lui faire partager SES goûts... Mais comme le dit Jean-Louis Murat : « j’assume mon égocentrisme ».

Il y a aussi une certaine technique à maîtriser.

Je n’ai pas une grande technique. L’ordinateur m’aide beaucoup... Pour moi, c’est un instrument comme un autre. Il y a cependant un feeling à avoir, dans la sélection des morceaux tout d’abord, puis dans l’enchaînement, en regardant les réactions des danseurs. Il faut bien entendu connaître ses morceaux par coeur.

Dans ce domaine, j’ai été formé à bonne école avec JahBass, musicien au sein du groupe Cosmic Connection, qui déclinait un style entre Jazz et Drum’n’Bass. Il a notamment enregistré des dubplates avec Junior Marvin, le grand chanteur de reggae. En tant que DJ, Jahbass m’invitait régulièrement à ses soirées, et j’ai découvert quelqu’un avec une culture musicale phénoménale. Il m’a appris énormément, pour trouver le bon feeling, quelque soit la soirée, le lieu, la fête. Jahbass me répétait souvent : « il faut savoir mixer dans TOUS les états »... Précepte que j’applique toujours à la lettre !

En effet, je crois que tu n’es pas le dernier pour faire la fête.

Pour moi c’est un véritable art de vivre, qui me vient probablement de mon enfance à Thoissey : les bals, la musique, les bagarres... La fête, c’est une forme de décadence. Les meilleurs mixes, les meilleures soirées, se font face à un public réceptif... à un certain moment de la nuit, on atteint un point de rupture, on bascule dans un autre monde, dans lequel les gens révèlent une certaine part de leur personnalité, dans lequel les masques tombent. A ce moment là, tout peut arriver... Tous les éléments extérieurs jouent: plus c’est sombre, plus on peut se sentir à l’aise et se lâcher. C’est ce qui m’attire, depuis les bagarres entre bandes dans les bals de mon enfance: cette ambiance tendue, qui peut basculer d’un moment à l’autre, dans des endroits bizarres où l’on est souvent proche de la bagarre générale... C’est de la matière pour un musicien, ou pour le DJ que je suis : transformer cette énergie en musique. J’aime les limites, les rencontres avec des gens pas « nets », des écorchés... Des styles populaires comme la techno de Détroit ou la favela-funk de Rio de Janeiro sont nés dans des endroits « chauds », pleins de violence.

La fête peut elle avoir un sens politique ?

Bien sur, la fête et la politique sont liés : lorsque je joue certains morceaux, ça n’est pas par hasard,que ça soit de la soul, du reggae, la techno, etc, qui sont des styles hautement militants à la base.

En France, le clubbing a des origines liées à l’Histoire : la première discothèque de Régine, sous la seconde Guerre Mondiale, tenait place dans une cave... Les orchestres n’étant pas légions, ils furent remplacés par... des disques ! D’où ce nom de « discothèque », que l’on doit à Serge Gainsbourg. De même, les Zazous accomplissaient des actes politiques nocturnes en faisant des fêtes anticonformistes.

On peut aussi citer, entre autres innombrables exemples, les happenings du Grateful Dead ou du Pink Floyd, le maloya et, bien sur, le mouvement disco, qui est né dans des clubs comme le Paradise Garage à New-York, ou se retrouvaient les homos, porto-ricains et blacks, qui exprimaient au grand jour leur identité, une façon différente de voir les choses sur fond de musiques nouvelles. à notre époque mondialisée, le truc musical c’est l’éclectisme total, jouer et faire la fête sur tous les styles, un peu comme ça s’était passé après mai 68.

A part la musique, tu es également passionné de littérature.

La littérature me permet une construction humaine personnelle, individuelle. J’ai besoin du même éclectisme dans la littérature que dans la musique. Ce qui est important, c’est le rythme de l’écriture, trouver le bon beat... Les fans de musique sont souvent des fans de littérature : Jean-François Bizot, le DJ Ivan Smagghe, Boris Vian... Les deux domaines sont tout aussi importants. évidemment, j’aime la littérature musicale, Alain Pacadis, Yves Adrien, Lester Bangs, les éditions Allia... Hunter S. Thompson est aussi un modèle pour moi en tant que journaliste.

Aujourd’hui, tu es journaliste dans les faits divers; tu disais que les faits divers sont la quintessence du journalisme.

Il s’agit de technique journalistique pure. Un fait divers est un fait qui n’existe pas au début de la journée : il n’y a pas d’attaché de presse, pas de dossier de presse, pas de communication... Donc déjà il faut être au courant, avoir un bon réseau sur le terrain. Ensuite, il faut une certaine réactivité : on n’a que quelques heures pour procéder à une enquête. Enfin, on est au courant de certaines choses dont il ne faut pas forcement parler tout de suite et qui sont partagées entre les forces de l’ordre, les médecins et, bien entendu, la famille ou les gens directement concernés. Il faut vérifier ses sources pour ne pas blesser leur dignité; il s ’agit de raconter une histoire avec véracité.

Pour se rapprocher de la littérature, beaucoup d’écrivains étaient journalistes de faits divers : Joseph Kessel, qui a fondé le magazine Détective, l’ouvrage de Jean Meckert sur l’affaire Dominici, Roger Vaillant... Je songe également à m’essayer à l’écriture, je pense que ça viendra un jour. La plupart des écrivains que j’admire ont commencé tard : Louis Calaferte, Céline...

Et tes projets immédiats ?

J’ai bien fait de ne pas prendre ma retraite finalement : j’ai pas mal de pistes de projets pour 2010, ça commence à prendre. Je m’occupe surtout de mon site, sebtheplayer.com, sur lequel je publie régulièrement des chroniques, des reportages. On peut aussi y retrouver l’agenda de mes dates (la deuxième édition des Electropicales en 2010, la nouvelle saison du 211 à Saint-Leu en février...). Sinon, je continue à écrire des articles pour le compte du magazine Standard... Et je ne compte plus prendre ma retraite ! Je crois que je serai DJ jusqu’à au moins 75 ans...

Pour conclure, as tu un message à faire passer à tes fans féminines, qui sont nombreuses et qui t’aiment ?

Hé bien, les filles, venez me voir lorsque je suis derrière les platines pour me dire que vous m’aimez! Car je suis plutôt timide en fait...

Interview réalisée par Konsöle
Photos : Fanny Vidal


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