Chroniques Albums

Le 15 novembre 2009

Karma lé la !

Pour son troisième opus, Nathalie Natiembé revient à la formule de son premier album, la trinité voix - basse – batterie. Mais cette fois, le groove-maloya épuré et précis de Margoz a fait place aux divagations de la rythmique la plus allumée de la planète : Cyril « Bum » Atef et Vincent « Cello » Ségal, les enfants terribles de la scène française. Une alliance peu surprenante quand on connaît l´intérêt de Bumcello pour la Réunion et leur passion commune pour Alain Peters, celui-là même qui avait dès 1977 fait exploser le maloya dans toutes les directions... Après les premiers fruits de cette union que furent les concerts déjantés au Sakifo et à Marseille, il était normal que le trio grave son délire sur un disque : Karma lé la !

Kamasoutra, un violoncelle sombre pénètre en douceur dans la jungle luxuriante de Karma, la tension est palpable, on n’est pas là pour rigoler, bientôt volcan va pété ! Des lors, le corps est parti dans un Hkdododansing de tous les diables, kabar free maloya psyché rock baignant dans les vapeurs d´alcool et hanté par les fantômes de Peters et Madoré. L´enivrement continue, Margoz nous offre un voyage halluciné dans les bas-fonds de la mandoz, l´ambiance est lourde comme les visions fantasmagoriques d´un David Lynch. Mové lespri ne fait pas de cadeaux, à coups de kaloupétards et d´errances éthyliques, on plonge dans un fénoir de 12 minutes, la folie aux aguets, le vaudou s´invite à la fête, le violoncelle entête avec son ostinato, pur moment de folie...Kafnat, maloya tribal, invoque les esprits des guerriers maasaï et rappelle à qui ne le sait pas encore l´apport crucial de l´Afrique à la culture réunionnaise. Karma est un miroir apaisé de Hkdododansing, et l´album se conclut sur la ballade Transpapaye...

50 minutes denses, certes pas faciles à la première écoute (en ce sens, le précédent album Sankèr était plus « chatoyant »), mais peu à peu, le poison insidieux glisse dans nos veines... En ces temps de musique ultra-formatée, on retrouve la liberté des albums rock de la grande heure, le rock cosmique de Can, Neu !, le Pink Floyd de Syd Barrett... Les sessions d´enregistrement ont été réalisées volontairement dans l´urgence afin de préserver un son spontané, libre, le tout est superbement réalisé par Yann « Zong » Costa, toujours dans les bons coups quand il s´agit d´exhaler les arômes complexes des musiques de l´Océan Indien... Après l´album de Toguna, le nouveau label Sakifo Records (distribué en métropole par Wagram, pas d´excuses pour se procurer les galettes !) définit petit à petit les contours d´une musique réunionnaise avide d´expériences.

Tahitiansunset

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